RDC : Kabila vs Tshisekedi

Publié le par jpkasusula

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Joseph Kabila et l'opposant Étienne Tshisekedi. Joseph Kabila et l'opposant Étienne Tshisekedi. © Vincent Fournier pour J.A.

Le chef de l’État sortant s’est officiellement porté candidat, le 21 août. Face à lui : le Sphinx de Limete, l’éternel opposant revenu d’exil. Mais à trois mois de la présidentielle congolaise, Jean-Pierre Bemba et Vital Kamerhe n’ont pas dit leur dernier mot. Enjeux.

Avant la lutte électorale, la bataille des stades. De retour d’une tournée qui l’a conduit en Europe, aux États-Unis et en Afrique du Sud, l’opposant Étienne Tshisekedi, candidat à la présidentielle du 28 novembre, s’est livré à une véritable démonstration de force, le 9 août dernier, à Kinshasa. Dans un stade des Martyrs archicomble, il a redit sa volonté d’aller au bout d’une marche irrésistible vers son destin présidentiel.

Et pour ceux qui en doutaient encore, les troupes de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) ont apporté la preuve qu’elles n’avaient rien perdu de leur capacité de mobilisation. L’exil médical de trois ans du leader revenu au pays en décembre dernier, le boycott hasardeux des élections de 2006 et les dissensions internes au sein du parti n’ont pas entaché le charisme du Sphinx de Limete, aujourd’hui âgé de 79 ans. À Kinshasa, tout du moins.

Moins de deux semaines plus tard, la formation du chef de l’État a tenté de faire aussi bien lors de la clôture de son congrès. Dans le même stade, le 21 août, par la voix de son secrétaire général Évariste Boshab mais en l’absence du « patron », le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) a investi « le camarade Joseph Kabila ». Mais en termes de partisans massés, le vainqueur est l’opposant.

Avec ou sans triche

« Le face-à-face entre Kabila et Tshisekedi se met en place », assure-t-on dans l’entourage du candidat de l’UDPS. Quant au PPRD, il prépare une campagne qui s’annonce ardue. « Le bilan du président sortant est mince », résume un diplomate. De fait, les Congolais n’ont pas vu grand-chose des cinq chantiers (infrastructures, eau et électricité, santé et éducation, habitat, et emploi) présentés en 2006. L’exaspération des Kinois, confrontés à d’incessantes coupures d’eau et d’électricité, pourrait bien s’exprimer dans les urnes. De même, la promesse d’un retour à la paix dans le Nord-Est est restée lettre morte. Et il n’est pas certain que la majorité sortante, fragilisée par des dissensions internes, puisse séduire les électeurs. Mais Kabila a un gros avantage : le scrutin à un tour.

« Si l’opposition n’est pas capable de s’entendre sur une candidature unique, l’arithmétique sera implacable et la victoire est assurée pour Kabila, avec ou sans triche », assure le même diplomate, qui s’interroge sur l’indépendance et la neutralité de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), présidée par Daniel Ngoy Mulunda, un proche du président. Ainsi, des enfants figureraient parmi les 32 millions d’électeurs inscrits (des photos semblent l’attester), ce qui ouvre la voie à toutes les interprétations sur d’éventuels bourrages d’urnes, la gestion de la télétransmission des résultats le jour du vote et le contrôle du logiciel informatique chargé de compiler l’ensemble des données. Les opposants exigent un audit du fichier central de la Ceni. « Ce fichier est une boîte noire et il y a des anomalies dans le recensement : 7 millions d’électeurs en plus par rapport à 2006, cela paraît beaucoup », remarque un expert international.

« Les bailleurs de fonds doivent se montrer plus insistants et ne peuvent plus se cacher derrière le principe de non-ingérence alors qu’ils financent le processus électoral », lance Vital Kamerhe, l’ancien président de l’Assemblée nationale, bien décidé, lui aussi, à jouer les premiers rôles dans cette conquête de la magistrature suprême, ou tout du moins dans la mise en échec de Kabila.

Cela passe par une entente. Un « ticket », selon le candidat de l’Union pour la nation congolaise (UNC). En clair : un champion pour la présidentielle désigné et soutenu par une alliance de partis, un nom pour le poste de Premier ministre, des garanties sur une juste répartition des portefeuilles ministériels et des assurances pour un équilibre à l’Assemblée nationale et au Sénat. Problème : les appels de Vital Kamerhe n’ont pour l’heure pas été entendus. Du côté de l’UDPS, on est disposé à parler « de tout », sauf de la candidature de Tshisekedi, qui est soutenue par 24 partis supplémentaires depuis le 24 août et qui « n’est pas discutable ». « Les jeux sont clairs et chacun voit bien que notre candidat est le mieux placé », assure-t-on dans son entourage. « Je demande à Tshisekedi un peu plus d’humilité et d’élégance », réplique Kamerhe. Ambiance.

Tenir la baraque

À défaut de parvenir à s’entendre avec Tshisekedi, Kamerhe pourrait se rapprocher de Jean-Pierre Bemba, qui, depuis sa cellule de La Haye, a déclaré qu’il défendrait les couleurs du Mouvement de libération du Congo (MLC), et de Léon Kengo wa Dondo, l’actuel président du Sénat à la tête de l’Union des forces du changement (UFC), créée en juillet dernier. « Les discussions avancent vite et bien. Nous sommes proches d’un accord », assure Kamerhe.

« Le MLC fournit son expérience et son poids dans l’ouest du pays, Kamerhe est populaire dans l’Est et Kengo apporte un appoint non négligeable car chaque voix comptera », explique Fidèle Babala, l’homme de Bemba à Kinshasa, chargé de tenir la « baraque » en l’absence du chairman.

Sauf que le même Babala prend soin de souligner que la candidature de Bemba est « plus que jamais d’actualité ». Sous-entendu : les autres devront se ranger derrière lui. Poursuivi pour les exactions commises par ses hommes en Centrafrique entre 2002 et 2003, le challengeur de 2006 est en attente de son jugement. Celui-ci pourrait intervenir en décembre. Mais dans son entourage, on veut toujours y croire. Malgré un premier refus de la Chambre de première instance de la Cour pénale internationale (CPI) rendu public le 19 août, une liberté provisoire est toujours possible.

Cela permettrait à Bemba de venir à Kinshasa pour s’inscrire à temps sur la liste électorale et ainsi valider son entrée en course – la date limite pour le dépôt des candidatures est le 5 septembre. Mais personne n’est obligé de croire à un tel scénario. 

Publié dans Politique

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