Kamerhe accuse le régime « prédateur » de Kabila

Publié le par jpkasusula

BRAECKMAN,COLETTE

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Mercredi 8 juin 2011

Congo L’ex-président de l’Assemblée nationale en rival du président

ENTRETIEN

Vital Kamerhe, vous vous présentez désormais comme l’un des chefs de file de l’opposition congolaise, en vue des élections présidentielles de novembre. Le président Kabila a lancé de grands chantiers, dits de la reconstruction. Qu’en pensez-vous ?

Il n’y a pas eu de redémarrage : après les élections de 2006, cela a même été pire qu’avant… Malgré son jeune âge, le président Kabila avait bien su gérer la transition (NDLR : vers la démocratie), mettre tous les anciens adversaires autour de la table et amener le peuple congolais aux élections. Nous pensions qu’il allait continuer sur cette lancée. Mais dès le lendemain de sa prestation de serment, il a mis Antoine Gizenga au poste de Premier ministre. A ce moment-là, dans les yeux, j’ai dit à Kabila : « Monsieur le président, nous allons échouer… »

Aujourd’hui, il y a de la prédation au niveau de la présidence, du Premier ministre, il existe un gouvernement parallèle. A Kinshasa, par exemple, les 5 kilomètres du Boulevard du 30 juin, ont coûté près de 80 millions de dollars, la seule électrification 6 millions de dollars. La pose d’un seul poteau électrique coûte 18.000 dollars au lieu de 500… Personne n’ayant été sanctionné, la responsabilité du président de la République est engagée…

Parmi les hommes politiques qui se sont ralliés à vous, beaucoup ont un passé marqué par la guerre et la corruption… Où sont les hommes nouveaux ?

Je n’ai pas l’intention de les inventer de toutes pièces. Ce que je veux, c’est amener tout le monde au repentir. Je ne vais pas demander aux mobutistes ou aux kabilistes de disparaître, mais ils devront s’adapter à la nouvelle perception des choses : celui qui voudra garder ses habitudes anciennes sera balayé par le nouveau système. Nous devons entamer une nouvelle législature dans de nouvelles dispositions.

Avez-vous conclu des accords avec d’autres formations importantes ou d’autres candidats à la fonction présidentielle ?

Il faut privilégier les valeurs et non pas les individus… L’opposition, qu’il s’agisse d’Etienne Tshisekedi ou de Jean-Pierre Bemba (nous prions pour que ce dernier sorte de prison) doit en priorité se battre pour la transparence…

On procède actuellement à l’enrôlement des électeurs. L’opposition devrait dire qu’à Kindu ou au Katanga, on a enrôlé des enfants de moins de 14 ans… Nous qui sommes dans l’opposition, nous n’avons pas accès aux médias officiels… Qu’attendons-nous pour faire pression afin que soit installée la Haute Autorité des médias ou la Cour constitutionnelle, pour exiger la sécurité des acteurs politiques ?

Lorsque nous nous serons mis d’accord sur un programme de gouvernement, nous pourrons établir le portrait-robot des candidats à proposer pour les différentes fonctions : chef de l’Etat, Premier ministre, président de l’Assemblée nationale.

Avant les élections, comptez-vous réunir des Etats généraux de l’opposition ?

Mon parti, l’Union pour la nation congolaise, va proposer des Etats généraux et des primaires à la congolaise. Là où le consensus n’est pas trouvé, on mettra en place un petit comité d’arbitrage. Même si Etienne Tshisekedi a dit qu’il irait seul aux élections et qu’il verrait après, nous pensons que ce qui serait bénéfique, ce serait de faire un effort pour qu’il y ait un seul candidat…

Si après avoir tenu les Etats généraux de l’opposition, les amis de Tshisekedi me montrent qu’ils ont un bon programme, susceptible de battre Kabila, je serais prêt à faire des concessions, dans l’intérêt général. Mais chacun des candidats doit être prêt à faire la même chose…

Avez vous fait l’objet d’intimidations ?

Certains de nos militants sont en prison, la présidente des femmes de notre parti au Kivu a été assassinée. Tout le monde le voit : quand Kamerhe sort, Kabila n’a pas sommeil. Le but de mon combat n’est pas d’embêter le chef de l’Etat, ce qui compte, c’est tourner la page, rédiger un programme commun. D’ici aux élections de novembre, Kamerhe peut mourir… Il est évident que je crains pour ma sécurité, et mes militants sont plus qu’intimidés. Au Maniema par exemple nous avons cessé nos visites sur le terrain à cause de l’insécurité. Quand je suis arrivé à Goma le 15 décembre 2010, j’a été accueilli par des coups de feu et empêché de m’adresser à la population, à Bukavu la même chose. A Kindu (Maniéma), tous ceux qui m’attendaient ont été arrêtés, ceux qui voulaient installer mon parti à Kasongo ont été visés par des tirs nourris, un membre de mon parti a été arrêté.

Dans la course à l’élection présidentielle, n’allez-vous pas vous désister en dernière minute pour Tshisekedi ou Kabila ?

Je suis candidat à la présidence de la République et pour cela je n’ai pas seulement mon passé, j’ai aussi une vision, un programme. Le Congo, c’est une puissance endormie comme l’était la France sous l’Occupation. Ce pays va se relever comme la France l’a été, mais pour cela, il faut un nouveau leadership, celui des hommes du changement…

CONTEXTE

Le problème

Le 28 novembre prochain, une élection présidentielle à un tour placera Joseph Kabila, qui termine un mandat de cinq ans, face à des rivaux issus de l’opposition.

L’enjeu

Vital Kamerhe, ancien président de l’Assemblée nationale, a fondé son propre parti, l’Union pour la nation congolaise. Il compte se présenter devant les électeurs et table sur le fait qu’il est connu dans tout le pays et parle les quatre langues du Congo.

A suivre

Vital Kamerhe souhaite unifier l’opposition, cite l’exemple du Brésil, devenu une grande puissance économique sous le leadership de Lula. Sa popularité lui donne des chances de l’emporter mais rien ne dit encore que ses rivaux politiques, dont Etienne Tshisekedi, le leader de l’UDPS (Union pour la démocratie et le progrès social), accepteront de renoncer à leurs ambitions à son profit. (C.B.)

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