RDC : Des candidats sans programme ?

Publié le par jpkasusula

 

Qui connaît le programme électoral des candidats à la prochaine élection présidentielle en République démocratique du Congo (RDC) ? Où sont les mesures concrètes pour améliorer la vie des Congolais ? Si Joseph Kabila s'abrite derrière ses "5 chantiers", l'opposition n'a d'autre programme que son "anti-kabilisme". Un peu court pour convaincre les électeurs.

Il y a plus de 400 partis politiques en République démocratique du Congo (RDC). La vie politique congolaise possède une particularité  : chaque parti représente un homme, plutôt que des idées. On se range derrière Kabila, Tshisekedi, Bemba ou Gizenga et non pas derrière un parti libéral, social-démocrate, socialiste ou nationaliste... A cela se rajoute un critère géographique : la province de l'Equateur soutient traditionnellement Jean-Pierre Bemba, le Kasaï Etienne Tshisekedi, le Kivu Vital Kamerhe ou le Katanga, Joseph Kabila... à chaque région sa personnalité politique. En dehors de ses caractéristiques, peu ou pas d'idéologie et surtout pas de programme ou de mesures concrètes.

 Si tous les candidats promettent un Etat fort, un Congo en paix, uni et prospère, l'accès à l'eau, à l'électricité, à la santé, à l'éducation ou de meilleures routes... aucun ne nous explique comment il va procéder. Avec un budget annuel de 6,7 milliards de dollar, un territoire grand comme 5 fois la France et 70 millions d'habitants... autant dire que la marge de manoeuvre est limitée pour l'Etat congolais. Le programme électoral des candidats à la prochaine élection présidentielle de novembre 2011 devrait donc être le principal enjeu de cette pré-campagne. Pour l'heure, cela est loin d'être le cas.

5 chantiers à la peine

 Côté présidentiel, Joseph Kabila (candidat non déclaré) campe sur ces 5 chantiers. Son programme de 2006 est encore d'actualité... et c'est bien cela le problème. Après 4 années aux manettes de la République démocratique du Congo, les 5 chantiers du président Kabila sont loin d'être achevés. Quelques centaines de kilomètres de routes (2000 exactement, alors que 95% du réseau est encore impraticable), un boulevard-autoroute du 30 juin flambant neuf à Kinshasa, quelques raccordements à l'eau et le ramassage des ordures sur 9 des 24 communes de la capitale, un hôpital du cinquantenaire... voici très rapidement listé le court bilan des 5 chantiers. Trop peu pour satisfaire la majorité des Congolais qui n'en ont jamais vu la couleur. Il sera donc difficile à Joseph Kabila de trouver de nouvelles propositions pour l'élection 2011.

L'opposition a des "visions"

 Côté opposition, le programme pourrait se résumer à "tout sauf Kabila". Kamerhe, Tshisekedi, Bemba et Muamba surfent tous sur le rejet du président sortant pour asseoir leur projet électoral. Si l'on regarde de près les sites internet des principaux partis d'opposition et les déclarations de leur candidat, aucun programme... tout juste des "visions" du pays. Une "vision" suffit-elle à faire un programme politique ?

 Qui a déjà vu ou entendu parler du programme de l'UDPS ? A chaque déclaration, Tshisekedi se contente de généralités : "mettre l'homme au coeur de l'action politique", "assainir le climat des affaires", "lutter contre la corruption", "rétablir un état de droit" et instaurer une "meilleure gouvernance"… Quels moyens y parvenir ? Quelles seront les mesures prises par le leader de l'UDPS une fois au pouvoir ? Le sphinx de Limete n'en dit mot pour l'instant. Car pour Tshisekedi, tous les maux du pays ont pour seul responsable Joseph Kabila. Etre anti-Kabila lui suffira-t-il à remporter les élections ? Pas si sûr.

 Chez Vital Kamerhe, même son de cloche : on soigne le sentiment anti-Kabila. Kamerhe milite pour que l'opposition "se mette d'accord sur un programme minimum pour battre Kabila". Côté "vision", l'ancien président de l'Assemblée nationale congolaise veut prendre exemple sur le Brésil de Lula. Les ressemblances sont grandes entre les deux pays : un immense territoire, un grand fleuve, une grande forêt, des ressources naturelles importantes.. Mais comme Tshisekedi, aucune information sur les moyens de devenir le nouveau Brésil d'Afrique. Pour Kamerhe, son programme électoral se résume à "faites moi confiance, je ferais mieux que les autres".

 Pour le MLC, premier parti d'opposition institutionnel (64 députés, 17 sénateurs), le défi est double. Certes il faut trouver un programme (Bemba en avait-il en 2006 ?), mais il est surtout à la recherche... d'un candidat. Depuis l'incarcération de son "chairman" Jean-Pierre Bemba en 2007 à la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre, le MLC a explosé en plein vol. Son secrétaire général, François Muamba a été débarqué, pour être remplacé par Thomas Luhaka. Muamba ne l'entend pas de cette oreille et compte bien se défendre en justice. Sujet de la brouille, la possible (ou impossible) candidature de Bemba à la présidentielle de 2011. Du fond de sa cellule de La Haye, Jean-Pierre Bemba a peu de chance d'être libéré avant le scrutin de novembre prochain. Le psychodrame que vit actuellement le MLC éclipse donc l'absence de programme du MLC.

 A moins de 6 mois des élections présidentielles et législatives prévues le 28 novembre prochain, difficile de connaître les intentions des différents candidats d'opposition. Rien d'original, rien d'innovant… une simple "course sportive" à la présidence dont le seul intérêt est de savoir qui franchira la ligne le premier. Dommage pour les électeurs Congolais qui souhaiteraient juste savoir comment leur avenir peut s'améliorer.

 Christophe Rigaud

Photo : Kinshasa 2005 (c) Ch. Rigaud www.afrikarabia.com

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