Quand toutes les mesures des autorités sont tournées en dérision et la tolérance zéro piétine : Kinshasa, berceau de la vie chère et de l'insécurité

Publié le par jpkasusula

Quand toutes les mesures des autorités sont tournées en dérision et la tolérance zéro piétine : Kinshasa, berceau de la vie chère et de l'insécurité

Alors les prix sur les marchés sont en ébullition, l'insécurité rallonge le cortège des malheurs des kinois. De Mpasa à Malueka en passant par Badara, Mikondo, Masina III, Mombele, Camp Luka, Binza Village et Kinsuka, le constat reste le même: la recrudescence de l'insécurité et la montée des prix des biens de consommation. Chaque jour qui passe, les habitants de ces quartiers défavorisés de la ville sont témoins d'actes de banditisme urbain, oeuvre de ceux qu'on a pris l'habitude d'appeler les” kuluna “. Et chaque jour qui passe, les consommateurs sont surpris sur le marché de constater le changement de prix.

Face à cette crise économique et sécuritaire, le gouvernement a quand même pris de mesures pour stabiliser la situation. Mais elles sont restées jusqu'ici lettres mortes. Par conséquent, la population est désemparée et ne sait à quel saint se vouer. 

L'insécurité qui ronge la RD n'est pas qu'à l'Est du pays où les FDLR règnent en maîtres. Kinshasa ploie aussi sous la même coupe avec cette montée en puissance des crimes par balles, et du phénomène kuluna. Le tout se passe dans une ville qui a vu lancer depuis plus de deux ans la grande traque de malfaiteurs dénommée” Tolérance zéro “.

La nuit du mardi 07 au mercredi 08 dernier n'a pas été paisible pour les habitants du quartier Mpasa 1, dans la commune de N'Sele. Un cadavre a été retrouvé sur le sol, mort tué par balles de mains des éléments de la garde présidentielle, à en croire la population environnante. En début de la journée d'hier, cette même population a opposé une résistance farouche aux éléments de la Police Nationale Congolaise venus pour récupérer le corps et procéder aux enquêtes en vue de dénicher ces hors-la- loi.

La population de ce coin de la capitale reproche aux forces de sécurité en général de ne fournir aucun effort pour mettre fin à cette situation d'insécurité générale qui semble s'installer dans les communes de Masina, N'Sele et Kimbanseke où les éléments 'des FARDC et de la Garde présidentielle sèment la terreur à travers des actes de braquages et d'assassinats sommaires.

Pour exprimer leur ras-le-bol, les mamans de Mpasa 1 sont descendues dans les rues, le matin d'hier pour s'insurger contre ce qu'elles ont qualifié de “formalités inutiles et répétitives de la police qu vient toujours et malencontreusement régulièrement pour constater les morts, et des morts qui ne finiront peut-être pas ».

Le bourgmestre de la commune de la N'Sele était venu à leur rencontre en compagnie de certaines autorités locales pour s'enquérir de la situation du terrain. Ils ont, comme on pouvait s'y attendre, promis de multiplier des patrouilles nocturnes avec la PNC. Une gageure dès lors que l'on sait que la plus part de nos policiers vont en patrouilles avec 5 balles chacun, même si en formation il leur a été dit qu'au cas où l leur reste les cinq, c'est pour leur propre sécurité.

Pour quoi les enquêtes ?

D'aucuns se souviendront qu'avant le Générale John Numbi, les patrouilleurs recevaient une prime bien supérieur à leur solde. Aujourd'hui, cette prime est tout simplement ignorée. Conséql4ence, nos fameux patrouilleurs font leur promenade de santé la nuit, en circulant sur les avenues, les moins dangereuses, et parfois se transforment eux-mêmes en rançonneurs des noctambules ou encore des éthyliques du week-end soir.

Lorsque nous les appelons quand bien-même nous avons leurs numéros, ils vous disent nous arrivons et ne viennent pas. Ou encore ils vous disent carrément, appelez la police qui est plus proche de vous, à vrai dire, c'est du chacun pour soi ici... “, a dit, larmes aux yeux, une des femmes révoltées.

A l'avis des nos nombreux interviewés, cette insécurité est ailée grandissante avec - le déguerpissement de la Garde républicaine et autres militaires qui habitaient le site de la N'Sele pour les bâches du camp CETA. Ces éléments qui s'activaient aux travaux maraîchères et autres activités ludiques, y sont entassés sans occupation réellement vénale et sans prise en charge.

La population interrogée réclament haut et fort leur délocalisation “ nous les habitants de Terre jaune' à Mpasa 1, dès qu'il est 19 heures, on se sent abandonnés. A 20 heures déjà, des gens sont visitées dans leurs maisons. Ils viennent toujours à, 6; 3 d'entre eux sont armés et 3 autres mains vides pour transporter les biens au moment où leurs copains terrorisent les victimes.

Pour preuve, il y a deux semaines, un major de la tribu rega a été tué devant sa parcelle par 3 éléments de la GR. Deux d'entre eux ont été identifiés et arrêtés, mais l'un d'eux avait réussi à prendre la poudre d'escampette en épuisant ses rafales. Les deux arrêtés ont été amenés à l'Etat major du camp CETA. Nous sommes tous surpris de constater qu'ils ont été relâchés en début de cette semaine par je ne sais quelle magie “, relate un interlocuteur.

Démilitariser la ville

A la question de savoir combien de bataillons de la GR il y a à l'aéroport de N'djili, certains passagers nous parlent de 2, d'autres de 5. Ils sont tout simplement stationnés là ! Nous savons que des commandos ne peuvent pas être gardés en pleine ville. C'est vrai qu'ils doivent vivre dans la discrétion, exigence de leur métier, parce qu'ils ont tellement d'énergies qui bouillonnent en eux. L'insécurité qu'ils créent dans les communes de Masina, N'Sele et Kimbaseke, prouvent à suffisance que leur place c'est par exemple à Shabunda ou dans d'autres localités de l'est du pays, là-où les FDLR font loi dans l'absence complice de nos forces armées.

Rappelons qu'à l'époque de M'Zée, c'est la police qui vivait dans le camp CETA. Ces genres d'actes y étaient rares. Tout le monde se demande pour quelle raison salvatrice la police a été remplacée par la GR alors que nous ne sommes pas en temps de guerre et que le pays est pacifié. Les belges ont laissé des centres appropriés pour caserner les militaires notamment, Kitona pour les fantassins, Gombari (à Kisangani) pour les para-commandos, Kotakuli (à l'Equateur) pour les commandos, Rumangabu (peut-être au Kivu) pour les commandos etc. Pourquoi ne pas les y envoyer ?

Les élections 2011 approchent, le président de la République a aussi besoin des voix des habitants des communes de Masina, N'Sele et Kimbaseke qui sont chaque jour affectés par les atrocités liées aux actes de banditisme et les assassinats. Les militaires qui se livrent à tous ces comportements répréhensibles ne sont pas des éléments incontrôlés. Ils ont un supérieur, colonel de surcroît. N'est-il pas au courant?

VIVE TENSION MARDI A MASINA

Le quartier III de la commune de Masina n'a pas connu son ambiance habituelle, ce mardi 7 mai 2011. C'est suite aux troubles survenues entre la police et la population de ce coin de la capitale. Ces affrontements ont conduit à la mort d'un jeune homme de 20 ans, plusieurs biens ont été incendié et d'autres pillés. Ces événements ont été signalés sur l'avenue Bikotikala à environ 400 m d'un commissariat de la police.

Selon les témoignages ré- cueillis sur le lieu du drame, tout a commencé avec l'arrestation d'un garçon qui était ivre. Ce dernier, ne se trouvant pas à l'état d'infraction avait posé une résistance jusqu'à tel point que la Police n'a pas su le maîtriser. La population ayant mal digérée cette arrestation, est intervenue aux côtés de cette personne, en estimant que la police voulait prendre l'argent de l'incriminé sous prétexte d'avoir commis des actes barbares. Du coup, la police a commencé, à tirer en l'air pour disperser la population, mais sans succès.

Un jeune homme de 20 ans, vendeur sur cette avenue cherchait à s'enfuir. A l'instant même, une balle perdue l'a atteint à la nuque. Il est mort sur le champ, a indiqué certains témoins. Cette mort a suscité la colère des habitants du quartier, qui ont incendié, pillé les locaux de la police et brûlé quatre véhicules des particuliers gardés pour des raisons de sécurité dans ce commissariat.

L'inspecteur provincial de la police de la ville de Kinshasa, le Général Oleko ayant appris la nouvelle, a déployé la police des autres instances afin de rétablir l'ordre. C'est vers 17 heures que la situation est revenue à la normale.

Notons que c'est le deuxième cas de tuerie enregistré dans ce quartier. Dernièrement, c'était un étudiant de l'ISTA qui était tué dans les mêmes conditions.

                                                     Dominique Kadima, Valery Madianga et Nicaise

Commenter cet article