Province du Katanga : Entre Katumbi et Muyambo, c’est la "guerre" !

Publié le par jpkasusula

 

 

Jean-Claude Muyambo Kyassa, président de la "Solidarité congolaise pour la démocratie et le développement" (Scode).

La ville de Lubumbashi est en émoi. Des milices fidèles au gouverneur sortant Moïse Katumbi Chapwe et à Jean-Claude Muyambo Kyassa, ancien ministre, se sont affrontées mercredi 15 juin dans la ville. Les deux personnalités appartiendraient à la mouvance kabiliste. Une interview très critique de Muyambo sur le bilan de Katumbi a servi de détonateur. Des voix se sont élevées pour dénoncer le climat d’intolérance politique qui y règne autant que l’attitude ambiguë des forces de l’ordre. Celles-ci sont restées impassibles pendant que les partisans du gouverneur, les fameux "Cent pour cent", mettaient à sac le domicile de Muyambo.

Intolérance politique

Que s’est-il passé à Lubumbashi le mercredi 15 juin 2011? Selon des sources concordantes, tout a commencé le mardi 14 juin dans la soirée. La “RTLJ” (Radio Télévision Lubumbashi Jua), un média privé appartenant à Jean-Claude Muyambo, président du parti “Solidarité congolaise pour la démocratie et le développement” (Scode), a diffusé des larges extraits d’une interview que ce dernier venait d’accorder au cinéaste et journaliste belge Thierry Michel. Dans cet entretien, Muyambo s’est livré à un véritable réquisitoire sur le bilan du gouverneur sortant Moïse Katumbi à la tête du Katanga.

Mercredi 15 juin, des individus identifiés comme étant des supporters du Tout Puissant Mazembe, familièrement appelés «Cent pour cent», ont attaqué le domicile de Muyambo. C’est en ce lieu que sont logées les installations de “RTLJ”. “Brandissant des calicots diffusant des messages obscènes, des menaces de mort et scandant des chansons de guerre, ces manifestants ont cassé les vitres des bureaux de la chaine RTLJ, incendié des véhicules qui s’y trouvaient, et emporté certains effets de valeur, indique un communiqué de l’Asadho-Katanga daté du 16 juin. L’incendie des installations de ladite chaîne a été empêché de justesse par l’intervention de la police nationale congolaise. Néanmoins, il est enregistré un bilan de 15 blessés graves dont 7 journalistes et agents administratifs de la chaîne.”

Qui a transmis les images querellées à la «RTLJ» ? Dans un communiqué daté du vendredi 17 juin intitulé «A propos des évènements de Lubumbashi de ce mercredi 15 juin 2011», Thierry Michel - qui reconnaît avoir réalisé une interview avec Muyambo - pointe un doigt accusateur en direction d’un caméraman de la RTLJ non autrement identifié. «Sans m’en avertir, écrit-il, un caméraman de la chaîne de télévision Jua, appartenant à Maître Muyambo, a filmé dans mon dos et à mon insu cet entretien. Cet enregistrement a ensuite été copié et transmis à Moise Katumbi, cette fois-ci à l’insu de Maitre Muyambo.» Et d’ajouter : «Moise Katumbi, au vu des critiques sur la gestion de la province émises par son concurrent au sein de la même famille politique, a alors décidé de faire diffuser cette interview sur la plupart des chaînes privées» et sur la station régionale de la RTNC (Radio télévision nationale congolaise). Pour la petite histoire, Muyambo et Katumbi appartiennent à la Majorité présidentielle tout étant des adversaires politiques au niveau provincial.

Mutisme à Kinshasa et à Lubumbashi

Le cinéaste belge de jurer ses grands dieux que «cet entretien n’était absolument pas destiné à être diffusé en RDC dans la période actuelle et encore moins dans son intégralité.» Selon lui, «cette diffusion a résulté d’un choix délibéré des acteurs politiques katangais». Il s’estime par conséquent «avoir été utilisé, instrumentalité par les uns et les autres à des fins politiciennes et partisanes de politique locale».

Réagissant à ces événements, la Société civile du Katanga a donné de la voix en fustigeant la montée de «l’intolérance politique» dans la province du Katanga et la «passivité» de la police nationale. Dans un communiqué daté du vendredi 17 juin, elle fustige la «complicité» des autorités urbaines de Lubumbashi «dans l’organisation de la manifestation illégale ayant abouti aux actes de vandalisme.» «Cette entreprise criminelle, poursuit-elle, a bénéficié d’un concours indispensable des agents de la police nationale congolaise qui ont assisté passivement et des agents de la brigade urbaine d’assainissement.» Et de relever qu’«en cette période pré-électorale, il est constaté dans la province du Katanga, une escalade de violence due principalement par la tenue des discours d’intolérance de la part de certains opérateurs politiques et de l’entretien par eux des milices droguées et prêtes à défier l’Etat Congolais.» La Société civile se dit par ailleurs préoccupée de constater «qu’aucune autorité nationale et provinciale ne se soit prononcée pour condamner et décourager ces actes d’intolérance politique qui surviennent dans un contexte électoral déjà tendu et qu’eux-mêmes font partie de la famille politique qui soutien la candidature de Monsieur Joseph Kabila aux présidentielles de septembre 2011.»

Un Etat impartial

Dans une interview accordée à l’hebdomadaire parisien «Jeune Afrique» n°2627 daté du 15 au 21 mai 2011, Moïse Katumbi Chapwe annonçait sa volonté de ne pas solliciter un second mandat en qualité de gouverneur de la province du Katanga. «Je ne veux pas me représenter, ce sera mon seul mandat». L’homme justifiait cette décision du fait notamment qu’il n’ait pas «atteint ses objectifs pour relancer la vie socio-économique de la province». «Nous sommes limités par les moyens», expliquait-il en reprochant au gouvernement central de n’avoir pas «libéré la totalité des 40% des recettes budgétaires qui reviennent aux provinces.» Dans cet entretien, «Moïse» est apparu amer en parlant d’«ingratitude» et surtout des «petits coups bas» qu’il a endurés. «Le monde politique est dur, il y a des hauts et des bas. La politique crée beaucoup de jaloux. Surtout parmi ceux qui n’ont pas réussi et qui ne supportent pas la réussite des autres», déclarait-il. Katumbi avait-il prêché le faux pour entendre le vrai?

Les incidents survenus à Lubumbashi posent la question de l’incapacité récurrente des pouvoirs publics zaïro-congolais à assurer aux citoyens une égale protection devant la loi. Peu importe qu’on appartienne à la majorité présidentielle ou à l’opposition. Seule une pression populaire pourrait «sensibiliser» les gouvernants sur la nécessité de placer l’Etat en tant que pouvoir politique au-dessus des contingences partisanes. Vivement un Etat impartial ! Un Etat au service de tous ! Voilà un thème de campagne.

B.A.W

Ci-après le texte intégral du communiqué de la Société civile du Katanga :

Communiqué conjoint de la société civile du Katanga

Les installations de la Radio Télévision «Jua» paient les frais de l’intolérance des acteurs politiques du Katanga

« Les Organisation de la Société Civile du Katanga condamnent non seulement l’intolérance politique qui caractérise les acteurs politiques de la Province du Katanga et leurs partisans en cette période pré-électorale, mais aussi la passivité de la Police Nationale Congolaise (PNC) et la complicité de la Mairie de Lubumbashi dans l’organisation de la manifestation illégale ayant abouti aux actes de vandalisme. »

Les organisations de la société civile du Katanga dénoncent et condamnent autant l’attaque de la chaine de radio et télévision Jua, RTLJ sise au quartier Gambela II, par de personnes bien identifiées appelées « cent pour cent », des éléments de la brigade d’assainissement de la mairie de Lubumbashi et la passivité des éléments de la police, pourtant appelés à sécuriser les personnes et leurs biens. Elles invitent les autorités politico-administratives à garantir la jouissance des libertés et droits fondamentaux reconnus aux citoyens par la constitution et les autorités judiciaires à ouvrir sans désemparer une enquête sérieuse aux fins de la poursuite de quiconque serait impliqué dans cette barbarie.

En effet, faisant suite à la diffusion par certaines chaines de radio et télévision locales dans la soirée de mardi 14 juin 2011 d’une interview que le bâtonnier honoraire du barreau de Lubumbashi et ancien ministre des affaires sociales et humanitaires, Maître Muyambo Kyassa Jean Claude par le journaliste belge Thierry Michel, des partisans de Monsieur le gouverneur de province et directeur général de Mazembe SPRL ont pris d’assaut, dans la matinée de mercredi 15 juin entre 8 et 9 heures, les installations de la Radio Télévision Jua, saccagé une partie du mur de clôture, lancé des projectiles et fait quelques victimes parmi les journalistes et membres du parti politique SCODE dont Maître Muyambo Kyassa est Président national.

Cette entreprise criminelle a bénéficié d’un concours indispensable des agents de la Police nationale congolaise qui ont assisté passivement et des agents de la brigade urbaine d’assainissement. Ils sont repartis après avoir blessé grièvement M. Cardoso Mwamba, membre du parti trouvé sur le lieu, MM Christian Nyembo, Désiré Mobutu, Franck Lutumba, Jeancy Tshibangu, Junior Nyembwe, et Mme Valérie, respectivement journalistes et technicienne de la RTLJ et mis le feu à un véhicule de marque Isuzu Opel.

En cette période pré-électorale, il est constaté dans la province du Katanga, une escalade de violence due principalement par la tenue des discours d’intolérance de la part de certains opérateurs politiques et de l’entretien par eux des milices droguées et prêtes à défier l’Etat Congolais.

Pour rappel, les mêmes « cent pour cent » avaient, au mois de juillet 2005, attaqué impunément le bureau de l’ASADHO/Katanga pour avoir simplement mis en exergue le rôle substantiel que joua Anvil Mining dans le massacre de Kilwa en 2004 ; en octobre 2007, les miliciens de M. Muyambo (Jeunesse de la solidarité katangaise) avaient envahi le bureau de l’Asadho/Katanga pour avoir dénoncé les irrégularités qui ont émaillé l’arrestation et la déportation du Professeur Cituka Mpulu de Lubumbashi vers Kinshasa au sujet d’un conflit immobilier qui opposait ce dernier à Maître Muyambo, à l’époque ministre des Affaires humanitaires et sociales ; au mois de janvier 2010, les zoulous (une milice privée de M. Kyungu wa Kumwanza) avaient agressé quatre députés provinciaux sans qu’aucun responsable de ces actes ne soit poursuivi. L’autre fait analogue, ce sont les récentes déclarations faites par l’honorable président de l’Assemblée provinciale du Katanga et président national de l’Unafec dans la partie Nord du Katanga, invitant implicitement les populations à la haine tribale, des partisans de certains partis politiques comme l’UDPS et l’Udemo vivent dans une crainte d’attaques imprévisibles.

Il demeure inquiétant, qu’aucune autorité nationale et provinciale ne se soit prononcée pour condamner et décourager ces actes d’intolérance politique qui surviennent dans un contexte électoral déjà tendu et qu’eux-mêmes font partie de la famille politique qui soutien la candidature de Monsieur Joseph Kabila aux présidentielles de septembre 2011.

Pour que pareils faits ne se reproduisent plus jamais, les organisations sus citées recommandent :

Au gouverneur de province : de jouer son rôle de Chef de toutes les personnes résident au Katanga et d’accepter, à ce titre qu’il fasse l’objet des critiques, vie démocratique oblige !

Au procureur général : de diligenter une enquête et d’engager des poursuites à l’encontre des auteurs de destruction méchante et d’autres actes répréhensibles commis en date du 15 juin 2011 ;

Au maire de Lubumbashi : de faire application rigoureuse de la constitution, des textes de loi et règlements de la République ;

Aux responsables des partis politiques : d’intensifier des séances d’éducation civique à leurs partisans, notamment sur la tolérance politique et de se réserver de tout discours d’incitation à la haine et à la violence;

A la presse : au vu de sa mission, de se montrer respectueuse de l’éthique journalistique, de la loi et d’éviter de jouer à l’incitation de la population à la haine ;

Aux victimes de cette barbarie : de ne faire recours qu’aux moyens légaux aux fins d’obtenir réparation des préjudices subis.

Lubumbashi, le 17 Juin 2011

Société civile
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