Présidentielle 2011 : Sarkozy et les occidentaux lâche Kabila - Voici pourquoi il a refusé son soutien à Joseph Kabila

Publié le par jpkasusula



Les élections présidentielles et législatives du 28 novembre prochain s’annoncent disputées. Pour les comprendre, il faut savoir lire les signes du temps. Ces signes sans minimiser les électeurs rdcongolais- c’est du côté de l’Occident qu’il faut aussi les chercher. Et de ce côté-là, après avoir déroulé les tapis rouges à Etienne Tshisekedi, leader de l’UDPS, les occidentaux avec Nicolas Sarkozy en tête ont décidé de tourner la page Kabila. Le ton a été donné par Alain Juppé, ministre français des affaires étrangères, qui avait affirmé, il y a deux semaines sur les ondes de RFI, qu’il fallait une vigilance tous azimuts par rapport au processus électoral, sinon les choses risquent de ne pas se passer comme il se doit. A sa suite, l’ambassadeur français en Rd-Congo, Luc Hallade, a jugé pour sa part que les exigences de transparence du fichier électoral réclamées par l’UDPS et ses alliés sont légitimes.

Ses prises de position en faveur de l’opposition marquent la rupture entre le président sortant Kabila- et les occidentaux. Après Laurent Gbagbo, l’ex président ivoirien et Mouammar Kadhafi, l’ex président libyen, il semble que c’est Kabila qui est dans la ligne de mire de Sarkozy, le président français. Washington a donné son accord et Bruxelles, lassé par les incartades de Kinshasa, est aussi partante. Soutien indéfectible pendant la période de guerre (1998- 2003) et au-delà, la France ne digère pas le fait qu’elle n’en a tiré aucun dividende économique en Rd-Congo. Les multinationales françaises, comme Vinci, Areva, Lafarge, Alstom, Veolia, Suez et France-télécoms, Bolloré ont été systématiquement écartés du marché rd-congolais, alors qu’elles ont manifesté leur intérêt pour faire les affaires ici. Que ce soit la reprise de la cimenterie nationale, la réhabilitation de l’aéroport de Ndjili, la réhabilitation des turbines d’Inga II, l’exploitation de l’uranium au Katanga, la reprise de Congo Chine télécom, le marché de la fibre optique avec l’OCPT, la réhabilitation du port de Matadi, la construction du port en eaux profondes de Banana, … les firmes françaises qui se bousculaient au portillon n’ont rien obtenu. Outre les questions économiques, le président français est remonté contre Kabila à cause aussi des violations massives des droits de l’homme.
Pas besoin d’une loupe pour se rendre à l’évidence que le chef de l’Etat Joseph Kabila Kabange ne bénéficie plus du soutien affiché ou soutien tout court des occidentaux comme ce fût le cas en 2001 lors de son accession à la magistrature suprême après l’assassinat d son père, Laurent Désiré-Kabila. Il est bien loin l’époque où les dirigeants occidentaux ne tarissaient pas d’éloges pour Joseph Kabila, considéré par les officines occidentales comme « l’homme de la situation ». Aussitôt investi après avoir été coopté par un conseil des ministres extraordinaire en janvier 2001, et aussitôt finies les funérailles de son père, le jeune président, judicieusement conseillé par ses proches, pris son bâton de pèlerin et se rendit dans les principales capitales occidentales (Paris, Bruxelles, Washington...) pour une opération de charme. L’objectif de ce périple était de consolider son pouvoir, jeune et fragile, en rassurant la communauté internationale sur l’ouverture politique et économique. Cet objectif fut atteint, car Kabila obtint un soutien diplomatique sans faille des Etats les plus importants sur l’échiquier international. Ce qui n’était pas le cas avec M’zee Laurent Désiré Kabila, qui fut isolé sur le plan international pendant son règne éphémère à la tête de l’Etat. M’zee a donc payé au prix le plus fort son isolement diplomatique. Sans doute grisé par le pouvoir, il avait sous estimé les rapports de forces aussi bien sur le plan interne qu’externe dans l’accession et la conservation du pouvoir d’Etat. C’est dommage, mais c’est la réalité, depuis des lustres, il existe une loi non écrite qui veut que pour bien diriger la RdCongo, il faut avoir une double légitimité, interne et externe. Cela est une rationalité qu’il faut intégrer dans l’équation politique congolaise, même si cela heurte l’idée de souveraineté et de nationalisme. Avant-les élections générales de 2006, la légitimité externe prévalait sur la légitimité interne. C’est ce qui a permis les accessions au pouvoir de Mobutu, de Kabila père, porté par les troupes rwandaises avec la bénédiction des angl6-saxons et de Joseph Kabila en 2001 Cette légitimité bipolaire est un fait historique. Elle demeure encore aujourd’hui une réalité vivante, même si certains membres de la majorité -qui voient d’un mauvais oeil le succès diplomatique récolté par l’opposition en occident-, font semblant de l’ignorer pour des raisons électoralistes. A la veille des élections générales de novembre prochain, les congolais soucieux de la stabilité de leurs institutions politiques s’interrogent sur la personne qui a les faveurs des occidentaux. Les voyages à l’étranger (Paris, Bruxelles, Washington, Londres, Ottawa) des ténors de l’opposition comme Etienne Tshisekedi, Vital Kamerhe, Mbusa Nyamisi et Léon Kengo ont alimenté la polémique sur le dévolu que l’occident aurait jeté sur l’opposition. A l’évidence, Kabila qui veut rempiler à la tête de l’Etat, n’a plus la côte ni chez les Français, ni chez les Belges encore moins chez les américains. Kabila est resté sourd aux appels du pied du président Sarkozy tant sur les questions de respect des droits humains qu’économiques. Et pour cause, les assassinats politiques retentissants de Floribert Chebeya, activiste des droits de l’homme de renommée mondiale, par la police nationale et celui d’Armand Ntungulu- ce congolais de la diaspora venu passer ses vacances- par La garde républicaine, ont fini par convaincre l’Occident de la nature non démocratique du régime de Kabila. Ces assassinats ont isolé diplomatiquement Kabila de ses parrains occidentaux. En visite en RdCongo, l’ambassadeur français aux droits de l’homme avait déclaré au sujet de la « tolérance zéro », qu’il fallait plutôt parler de « gouvernance zéro » tant la situation des droits humains était plus que catastrophique. Bien avant lui, les nombreuses prises de bec entre Karol De Gutch, ministre belge des affaires étrangères et les autorités congolaises avaient déjà donné le ton des relations entré Kinshasa et la communauté internationale. Hilary Clinton la chef de la diplomatie américaine, de passage à Kinshasa s’était demandé à quoi servirait la construction des routes, s’il y a violations des droits humains. Il n’y a pas que la question des droits de l’homme qui a fragilisé Kabila sur la scène internationale, les questions économiques aussi ont fortement contribué à la fragilisation de la Kabilie et ce bien avant les violations graves des droits l’homme que lui reproche le monde. Malgré un effort financier, diplomatique et logistique sans précédent pour la stabilisation de la Rd-Congo, notamment en Ituri avec la force Artémis conduite par la France et l’Allemagne, les occidentaux ont été écartés des principaux marchés publics. Traînant une dette colossale de plus de 14 milliards de dollars depuis plus d’une décennie, les occidentaux ont consenti non sans peine à alléger pour plus de 80 % l’ardoise rdcongolaise. Les occidentaux sont aussi les principaux bailleurs humanitaires de la Rd-Congo. Malgré tout ça, Kinshasa leur a préféré Pékin, avec les fameux contrats chinois ».
Kinshasa est allé encore plus loin dans son choix stratégique de préférer l’Orient au détriment de l’Occident. Faisant fi de toutes les recommandations des institutions de Bretton Woods sur l’amélioration du climat des affaires, les autorités de Kinshasa ont mené la vie dure à plusieurs projets industriels des occidentaux notamment dans le secteur minier. Il est vrai que le dossier First quantum minerais, une multinationale canadienne, dépossédée de ses mines dans le Katanga, avait cristallisé toutes les frustrations ressenties par les occidentaux.

Le tandem France Belgique qui était aux avant-postes dans la lutte de la pacification de la Rd Congo n’a pas non plus était ménagé.
L’industriel belge, Georges Malta Forrest, a vu une des ses mines au Katanga attribuée aux chinois avec une promesse vague d’indemnisation pour 800 millions de dollars, cela lui est resté en travers de la gorge. Récemment encore ses actions dans Compagnie Minière du Sud Katanga (60% contre 4O% à la Gécamines) ont été rachetées unilatéralement par la Gécamines pour 15 millions de dollars. Cette énième affaire n’a fait que confirmer la mauvaise réputation collée au pays notamment en matière d’insécurité juridique et judiciaire. Désabusé, l’industriel belge a aussitôt saisi, la Justice internationale pour préserver ses intérêts économiques.
Dans cette reconfiguration de la carte économique au centre du continent, la France, espérait, c’est le moins que l’on puisse dire, une récolte abondante. Pour cela, le président français en personne, à la tête d’une forte délégation des officiels et des hommes d’affaires de son pays, effectua en 2009 un voyage à Kinshasa dans le but de donner un coup de pouce aux échanges commerciaux entre les deux pays, évalués à 250 millions de dollars.
Les grands groupes français comme LaFarge, Vinci, Alstom, France Télécoms -Orange et Areva le géant mondial du nucléaire faisaient partie de la délégation du président Français Nicolas Sarkozy. Au finish seule Areva conclu un accord sur la recherche et l’exploitation des gisements d’uranium dans le pays. Même cet accord phare semble jeté aux oubliettes car il était prévu toute de suite après qu’une commission mixte franco-congolaise établisse un programme de prospection après le recensement des sites. Jusqu’ici ce projet est un mort-né. Bolloré, un autre grand groupe français, dont la proximité avec le président français estncontestable, dépêcha un des ses responsables dans la capitale congolaise pour faire aboutir les projets e la construction d’un port en eaux profondes à Banana, la gestion et la réhabilitation du port de Matadi ainsi que la gestion de la ligne de chemin de fer Kinshasa-Matadi. Il fut reçu par le premier ministre Adolphe Muzito, mais en dépit des assurances qu’il reçu de son hôte, le gouvernement opta pour une autre approche, maintenir son contrat avec la firme espagnole Progosa pour « stabiliser » l’ex Onatra (projet résilié plus tard pour absence des résultats).
La construction du port en eaux profondes de Banana a été confiée aux sud-coréens.
Quand au port de Matadi, le gouvernement semblait hésiter entre les belges et les sud coréens pour la réhabilitation des quais inopérationnels. En tous les cas, le groupe Bolloré dont on sait proche de Nicolas Sarkozy n’a rien obtenu de concret en Rd -Congo. Une percée en Rd-Congo lui aurait permis d’assoir sa suprématie dans la chaîne logistique en Afrique centrale car il est déjà présent au Congo Brazza, Cameroun et Gabon et dans bien d’autres pays africains.
Un autre groupe français désillusionné, c’est Vinci /Sogea Satom, à qui, lors de la visite de Sarkozy, il avait été attribué la réhabilitation de la piste de l’aéroport de N’Djili pour 37 millions d’euros. Depuis ce projet bat de l’aile. Tous les autres groupes français que ce soit Altom qui voulait réhabiliter les turbines du barrage de Inga II et Lafarge qui voulait acquérir la Cimenterie nationale (Cinat), ont vu leurs ambitions refroidies par « les commissions et retrocommissions » exorbitantes exigées par les officiels qui servent d’intermédiaires. La cimenterie nationale est sur le point d’être cédée soit à la firme angolaise Nova cimengola soit à la firme sud-africaine Pretoria Port-land cement. Et que dire de Suez et de Véolia spécialisés dans le secteur de l’eau et de l’électricité, et surtout de France Telecoms. Cette dernière avait mis sur la table la bagatelle de 500 millions d’euros pour doter l’OCPT d’un Switch afin qu’il aie les moyens de comptabiliser les flux de communication tant locaux qu’internationaux. Pour des raisons obscures, on lui a préféré une firme indienne à 80 millions d’euros. Incapable d’assurer ce service, la firme indienne a recouru à France Télécom pour sous -traiter ce marché. Maigre consolation tout de même pour la France, l’entrée de France Télécoms-orange, le géant français de la télécommunication, dans Congo Chine Telecom.
Pas suffisant pour renverser la vapeur estiment certains analystes qui pensent que Kabila en lâchant du lest dans le dossier CCT veut amadouer l’occident. Dans tous les cas, l’idylle entre Kabila et l’occident a vécu.
                                                                                                    Matthieu KEPA

Publié dans Politique

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Léon BAKONDJO Weremubi wa Keno 26/10/2011 15:00


Oui, tout homme qui réfléchi dans ce pays devait se demander si le gouvernement en place est soucié de la bonne gouvernance du ou de l'intolérance Zéro.