Présidentielle 2011/Manœuvres postélectorales : des plans macabres

Publié le par jpkasusula

   (Le Potentiel 28/06/2011)  

L’après-présidentielle 2011devrait être une période apaisée ! Mais si rien n’est fait, avec les ingrédients en présence, le conflit de légitimité des candidats avec l’unique tour du scrutin, les tireurs des ficelles étrangers tapis dans l’ombre ainsi que les conclusions des officines, ce cocktail explosif pousse à craindre le pire. Encore et toujours, l’Est risque d’être au centre de grands enjeux et conduire à un embrasement général. En gestation, des plans macabres, œuvre des prédateurs et agents de la balkanisation. Vigilance !


Le rendez-vous électoral pour le renouvellement ou le maintien de la classe dirigeante est prévu pour le 28 novembre prochain. Pour le président de la Commission électorale nationale indépendante, tout est fin prêt pour que les scrutins se tiennent à la date prévue, à savoir le 28 novembre 2011 pour la présidentielle couplée avec les législatives.

Les écueils rencontrés lors de l’opération de révision du fichier électoral semblent avoir trouvé des solutions appropriées. Mais il n’est pas exclu que d’autres difficultés puissent survenir en cours d’exécution du calendrier aux échéances contraignantes présenté par la CENI. Inexorablement, l’organe chargé de l’organisation des élections est en voie de boucler son budget avec les apports des partenaires. Dernière manifestation en date, l’Union européenne a débloqué 47,7 millions d’euros, soit près de 67,7 millions USD.

En 2006, la RDC a organisé des élections, lesquelles ont débouché sur des affrontements sanglants en pleine ville de Kinshasa entre les deux camps au second tour. Heureusement que tout est revenu à la normale quelque temps après. Non sans avoir occasionné la mort de plusieurs Congolais et des dégâts importants durant ces affrontements.

A côté de ce tableau apocalytique, la RDC a enregistré d’autres morts trop après la catastrophe survenue dans la partie orientale du pays. Le décompte se chiffre aujourd’hui à plus de 5 millions de morts et la destruction du tissu économique et de l’écologie.

Les leçons du passé

Il ne serait donc pas tolérable qu’en 2011, des leçons ne soient pas tirées après cette hécatombe. Il faut à tout prix d’éviter d’autres morts, la déstabilisation du pays et de sa démocratie. Le 13 juin 2011, à l’occasion de la réunion du Comité permanent de l’épiscopat visant à préparer son assemblée plénière, le président de la Conférence épiscopale nationale du Congo – CENCO - a souligné le «rendez-vous décisif de l’histoire» que constitue la période électorale. «Les évêques continueront à jouer leur rôle prophétique en assurant l’éducation civique et électorale», a indiqué le président de la CENCO, Mgr Nicolas Djomo, évêque de Tshumbe. La voie est parsemée de beaucoup d’embuches, notamment l’acceptation des résultats que publiera la CENI.

Tout dépend de la transparence qui caractérisera la conduite de l’ensemble des opérations électorales, à savoir : la révision du fichier électoral, l’accréditation des témoins de partis et des observateurs, le bon déroulement de la campagne électorale, l’amélioration et le respect de la procédure de dépouillement et de compilation des résultats, …, la publication des résultats. Jusque là, le décor déjà planté pousse à un optimisme mesuré d’autant que des voix discordantes se font régulièrement entendre.

Les évêques catholiques l’ont perçu, en promettant d’assurer «une éducation civique et électorale». Ce travail de longue haleine doit concerner tout le monde, particulièrement pour l’acceptation des résultats issus des urnes. Le préalable le plus important reste la transparence. Du degré de transparence dépendra l’acceptation des résultats par toutes les parties. Cette fois-ci, une force européenne ne sera pas déployée pour «dissuader» les vaincus comme en 2006. D’ailleurs, malgré la présence de l’Eufor en 2006, des incidents avaient été déplorés. La crédibilité de la CENI est l’unique gage d’une période postélectorale apaisée que les Congolais appellent de leurs vœux.

La responsabilité des acteurs engagée

Le scrutin présidentiel à tour unique n’est plus un sujet d’actualité. Cependant, à suivre les discours distillés subtilement par les candidats les plus en vue et leurs proches, les éléments d’une explosion annoncée sont en train de se mettre en place. Le malheur du tour unique est de doter le pays d’un président dont la légitimité se fonde sur une base sociologique extrêmement réduite, dans l’éventualité d’un important éparpillement des voix entre les candidats en présence. Dans le cas des résultats serrés, l’un et l’autre pourraient se prévaloir de ces résultats pour asseoir la contestation.

Déjà, Etienne Tshisekedi a déclaré depuis les USA qu’en cas de victoire de Joseph Kabila, il y aurait risque des dérapages. La contestation est ainsi en préparation, serait-on tenté de dire. De même, Vital Kamerhe a affirmé haut et fort qu’il tient à l’alternance. Pour lui, il n’est pas dans l’opposition pour y faire carrière mais pour prendre la direction des affaires de l’Etat comme chef de l’Etat ! Il est vrai qu’il faut mobiliser les troupes, mais à travers ce discours, l’élu de Bukavu n’entrevoit pas de défaite.

Du côté de la famille politique du président en exercice, le ton n’est pas à la conciliation. Certains ténors du camp présidentiel ont promis d’expulser, sans ménagement, tout résident du Katanga qui ne voterait pas en faveur de Joseph Kabila.

L’étincelle du coude-à-coude

De trois déclarations tirées sur le volet des protagonistes les plus en vue pour 2011, il apparaît clairement que le puzzle d’une explosion se constitue pièce par pièce. Aussi, les observateurs craignent un résultat au coude-à-coude entre les trois prétendants : 30,75%, 30,5%, 30% pour ne prendre que ce cas de figure, il est à craindre que chacun se retire dans son fief et engage le pays sur la voie de la balkanisation tant redoutée. Le scenario du coude-à-coude risquera d’être le déclencheur d’une période trouble, si l’on y prend garde. Le scrutin à tour unique ouvre ainsi la voie à une légitimité contestable ou une légitimité multiple. Un président élu à une voix près de différence serait-il réellement à l’aise dans sa peau de chef de l’Etat élu ?

En son temps, le Cardinal Laurent Monsengwo s’était publiquement interrogé à ce sujet, s’attirant les foudres des défenseurs du tour unique.

Les tireurs des ficelles n’attendent que cette occasion pour bondir et exécuter ce plan macabre de démembrement de la RDC. Tout pourrait partir de l’Est, le ventre mou de la République pour se déferler sur l’ensemble du territoire national. Ce scénario catastrophe devrait interpeler tout le monde. Le temps qui sera consacré à un énième processus de pacification du pays freinera le cycle de croissance dont l’élan n’attend que d’atteindre une vitesse de croisière.

Vigilance tous azimuts

La classe politique, particulièrement les candidats à la présidentielle, doit s’interdire des déclarations tendant à mettre le feu à la case à l’issue des élections.

Pour la CENI, à qui revient la lourde responsabilité de conduire le processus électoral, la transparence doit rester l’unique mode opérationnel sur le terrain. Tout doit être fait pour que les vaincus sachent, par eux-mêmes, qu’ils n’ont pas été choisis démocratiquement par le souverain primaire.

C’est de cette manière qu’il sera fait échec à la volonté des pêcheurs en eaux s déterminés à dépecer la RDC dans le but de contrôler ses ressources naturelles, particulièrement celles de l’Est qui font l’objet de marchandage. La vigilance ne doit pas concerner exclusivement la CENI. Elle doit aussi viser les forces extérieures qui n’attendent que le moment trouble pour en rajouter à la confusion.

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