Près de 3 mois après son interpellation : l'ancien PCA de la Banque Congolaise séquestré dans une maison privée

Publié le par jpkasusula

 

Depuis la sortie médiatique de plusieurs Ong de défense des droits de l'homme, à savoir CDHM, SCCD, Toges Noires, OCDH, OSD et Cecarane, le dimanche 26 juin 2011, " l'Affaire Yaghi ", du nom de l'ancien Président du Conseil d'Administration de la Banque Congolaise présentement en liquidation, ne fait que s'enfler. On rappelle que lors de leur point de presse, les animateurs de ces organisations, hommes de droit dans leur majorité, avaient épinglé, entre autres anomalies, la privatisation du dossier de Roger Yaghi par le Conseiller Spécial du Chef de l'Etat, Pierre Lumbi. Ils avaient aussi révélé, à chaud, sa séquestration dans une villa privée située dans la commune de Kintambo et attribuée à ce haut responsable de la sécurité nationale.

L'affaire a fait tellement du bruit qu'un député national s'est empressé de s'en saisir et de déposer, sur la table de travail du Président du Bureau de l'Assemblée Nationale, une question orale à charge du ministre de la Justice et du Gouverneur de la Banque Centrale du Congo. Depuis lors, les médias se sont à leur tour mis à enquêter. Le quotidien de l'avenue Lukusa, qui se livre aussi à cet exercice d'investigation, est tombé sur des sources qui soutiennent la version de la mise au frais de Roger Yaghi dans une résidence privée dont on dit se trouver sous le contrôle du Conseiller Spécial du Chef de l'Etat en matière de Sécurité.

La situation aurait pu ne pas trop intriguer s'il était reproché, au détenu, des faits en rapport avec la sécurité intérieure ou extérieure du pays. Mais, selon les données jusque-là disponibles, l'affaire tourne autour de la gestion de la Banque Congolaise. Il s'agit, visiblement, d'un dossier à caractère commercial, qui aurait dû être instruit par la justice classique.

 

Rappel des faits

 

L'on avait cru qu'il allait en être ainsi lorsque, le 18 avril 2010, le désormais ancien PCA de la Banque Congolaise avait été interpellé à son domicile, dans la commune de Gombe, suite à un mandat d'amener émis par le Parquet Général de la République. Conduit d'abord à l'Inspection Générale de la Police Judiciaire, à côté du célèbre " Casier Judiciaire ", il avait été transféré peu après dans les locaux du Conseil National de Sécurité, à Ngaliema. Ici, il avait été entendu nuitamment par une Commission Spéciale chargée des affaires économiques instituée par le Conseil Spécial du Chef de l'Etat, comme déjà signalé par les Ong de défense des droits de l'homme lors de leur point de presse du dimanche 26 juin 2011.

Pourtant, dans l'entendement général, ce proche collaborateur du Chef de l'Etat est perçu comme l'homme tout désigné dans la recherche et l'analyse des informations hautement sensibles en rapport avec la politique et la sécurité du pays. C'est à lui qu'incombe la lourde et délicate mission de conseiller utilement le Président de la République dans le domaine de responsabilité qui est le sien. Aussi est-on fort étonné de le voir jouer un rôle proche de celui d'un magistrat attaché à un parquet inconnu, instituer une commission d'enquête, diligenter un interrogatoire et décréter la détention de Roger Yaghi dans une maison privée, pendant que le Parquet Général de la République, qui avait formalisé son interpellation, continue d'attendre qu'on puisse lui retourner son justiciable, voici bientôt trois mois.

Selon des informations en circulation au quartier Loano, à Kintambo, l'ancien PCA de la Banque Congolaise ne serait pas le premier client de l'amigo privé décrié par Toges Noires et consorts. Plusieurs compatriotes, avant lui, seraient déjà passés par là. Une forte présence militaire y est signalée. A en croire des milieux proches du Parquet Général de la République et du Ministère de la Justice, aucun dossier ne serait ouvert à charge de Roger Yaghi. De même, on serait surpris, ici, d'apprendre qu'il existerait une maison privée de détention des particuliers à Kintambo.

D'où, l'on pense que l'arrestation et la séquestration de l'ancien Président du Conseil d'Administration de la Banque Congolaise ont été opérées dans l'illégalité la plus parfaite car non couverte par une procédure judiciaire connue. On laisse entendre que plusieurs autorités politiques et judiciaires du pays seraient au courant des dessous des cartes qui entourent le dossier Yaghi. Aussi, l'absence de toute réaction fait penser à l'inexistence de l'Etat de droit en République Démocratique du Congo, un pays qui donne parfois l'impression de fonctionner comme une jungle, où la loi du plus fort est toujours la meilleure.

 

Tout ce décor est en contradiction avec les prescrits de la Constitution qui stipulent que tous les Congolais sont égaux devant la loi et que dans toute affaire judiciaire, la présomption d'innocence doit être de mise jusqu'à l'établissement de la culpabilité formelle d'un citoyen et à sa condamnation définitive par un jugement rendu par les instances judiciaires appropriées.

Aussi, les observateurs sont tentés de penser que ce qui arrive à Roger Yaghi constitue une grave violation des prescrits de la Loi fondamentale du pays et des principes des droits de l'homme.

A ce propos, l'on est tenté de donner raison aux Ongs de défense des droits de l'homme, qui avaient été les premières à donner l'alerte au sujet de ce qui apparaît à la fois comme un abus du pouvoir et une usurpation de fonctions dans le chef du Conseiller Spécial du Chef de l'Etat. Le Code Pénal est ainsi violé.

 

Secret bancaire violé…

 

Le feuilleton de la Banque Congolaise, en plus du fait qu'il recèle plusieurs infractions pénales à charge des geôliers de Roger Yaghi, a révélé un fait gravissime : la violation du secret professionnel bancaire. Nul n'ignore que le travail des institutions financières d'intermédiation est rigoureusement couvert par la loi bancaire. Une personne morale ou physique étrangère au monde bancaire ne peut y fourrer son nez qu'à condition d'obtenir au préalable l'autorisation des instances judiciaires ou, à défaut, le quitus de la Banque Centrale du Congo.

Question : qui aurait donné mandat au Conseiller Spécial du Chef de l'Etat pour consulter les comptes et opérations bancaires des particuliers, réputées secrètes et confidentielles, à la Banque Congolaise ? Connaissant le déficit de confiance des Congolaises et Congolais en leur système bancaire, chacun peut imaginer les dégâts d’une telle initiative dans les semaines et mois à venir. C'est pratiquement la remise en question de tous les engagements du gouverne-ment congolais au sujet de l'amélioration du climat des affaires. S'il n'a pas pris un coup fatal, le monde congolais des affaires va, en tout cas, souffrir sérieusement des retombées négatives consécutives à la gestion sentimentale du dossier de la Banque Congolaise.

 

Ce qu'il y a lieu de souhaiter à ce stade, c'est que les hautes instances du pays s'investissent, sans tarder, dans le dossier de la liquidation de cette banque mais aussi celui de la séquestration de son ancien PCA, Roger Yaghi, afin de rassurer tout le monde que l'Etat de droit n'est pas encore mort en RDC, que la justice est neutre et impersonnelle, que les services de sécurité ne constituent par un parquet ou un tribunal, encore moins une administration pénitentiaire.

 

Kimp

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