Politique nationationale : Sequestration de "Tshi-Tshi" à Ndjili : La "communauté internationale" aphone

Publié le par jpkasusula


Un membre de la garde prétorienne de "Joseph Kabila".

Inimaginable dans un Etat qui se dit démocratique : un candidat à l’élection présidentielle sequestrée par des policiers pendant plusieurs heures sur ordre manifestement du président sortant. Le président de l’UDPS et candidat à l’élection présidentielle Etienne Tshisekedi wa Mulumba aurait été "relâché" vers 23h45 après plusieurs heures d’"assignation à résidence" extrajudiciaire à l’aéroport de Ndjili. Au moment où nous couchons ces lignes, le véhicule 4x4 de Tshisekedi, conduit par un policier, serait en route vers Limete...

On en sait un peu plus sur les motivations ayant conduit le gouverneur de la ville de Kinshasa, le PPRD André Kimbuta, à annuler les trois meetings que devaient animer "Joseph Kabila", Vital Kamerhe et Etienne Tshisekedi wa Mulumba respectivement au Stade des Martyrs, à la "Place du Cinquantenaire" à côté du Palis du peuple et au Stade Tata Raphaël.

Selon diverses sources, le principe de précaution pour prévenir des affrontements entre partisans des camps antagonistes ne suffit pour expliquer cette ukase pour le moins anti-démocratique. "Kabila devait tenir son meeting. En route pour le Stade de Martyrs, raconte une source kinoise jointe au téléphone tard dans la soirée, le gouverneur lui a fait savoir qu’il n’y avait pas une grande masse pour l’écouter. Autrement dit, on comptait à peine "quatre pelés et un tondu" venus répondre à l’appel de la Majorité présidentielle. Le Stade était "à trois quart vide". Selon cette source, le gouverneur de la ville, "en accord avec le chef de l’Etat", a décidé d’annuler tous les meetings. "Il fallait à tout prix empêcher Tshisekedi de faire un retour triomphal à Kin avec ses milliers de partisans".

Or justement, l’aéronef transportant le leader de l’UDPS devait atterrir à l’aéroport de Ndjili quelques heures après "Kabila". "L’avion, poursuit notre interlocutrice, a été détourné vers l’aéroport de Ndolo pendant que les militants de l’UDPS, eux, faisaient mouvement vers l’aéroport de Ndjili. "Informé de la situation à sa descente d’avion, poursuit cette source, Tshi-Tshi a décidé de rejoindre les activistes de son parti à l’aéroport de Ndjili afin de faire ensemble une entrée triomphale à Kin. D’où la décision du général Charles Bisengimana de sequestrer Tshisekedi jusqu’à ce que la police ait pu dispersé les "combattants". Des informations difficiles à vérifier laissent entendre que le fameux Bisengimana aurait proféré des "menaces" assez précises à l’endroit du leader de l’UDPS. D’aucuns parlent de "menaces de mort".

C’est aux environs de 23h45 que "Tshi-Tshi" et sa suite ont pu retrouver la liberté locomotrice. Une liberté plutôt limitée dans la mesure où Tshisekedi devait prendre place, tout seul, dans son véhicule. "Le véhicule était conduit par un policier qui a quitté l’aéroport en trombe, rapporte un témoin. Tshisekedi était encadré par plusieurs éléments de la garde présidentielle déguisés en policiers".

Les incidents de ce samedi érogent la crédibilité de la "démocratie congolaise". Ce qui surprend le plus, c’est bien le silence assourdissant des acteurs de la "communauté internationale". Des personnes physiques et morales généralement promptess à donner des leçons d’éthique et surtout à brandir le "carton rouge" à l’endroit des forces de l’opposition. Les mêmes acteurs deviennent aphones face à la dérive fasciste de "Joseph Kabila". Vendredi 25 novembre, la RFI évoquait tel un banal sujet les voyous kinois recrutés par le pouvoir kabiliste pour constituer une milice. Le procureur près la Cour pénale internationale s’est tu dans toutes les langues. Luis Moreno-Ocampo aime bomber le torse, par lâcheté, pour promettre des bosses et des plaies aux seuls "pauvres africains noirs". Pire, dans son "grand journal parlé" quotidien de 23 heures, la radio publique belge francophone (RTBF) s’est contentée d’annoncer que les Congolais iront bel et bien aux urnes le lundi 28 novembre. Pas un mot sur les incidents sanglants" ayant coûté la vie à des membres de l’UDPS. Il ne fait pas l’ombre d’un doute que la "communauté internationale" a choisi son camp.

Et pourtant, une dépêche de l’Agence Belga en parle. La dépêche fait état de "trois morts par balles amenés au QG du parti d’opposition UDPS". Ajoutant que "le président de l’UDPS, toujours bloqué samedi soir entre l’aéroport international de N’Djili, situé plus encore à l’extérieur de la ville, et Kinshasa, a pour sa part fait état de sept morts". Et de poursuivre : "La journée de samedi a été émaillée de violences pré-électorales, qui auraient également fait de un à deux morts selon les sources lors d’affrontements entre partisans de candidats à la présidentielle, principalement ceux du président sortant Joseph Kabila et de l’opposant historique Etienne Tshisekedi. (...)".

Samedi soir, certaines sources ont fait état de "quinze tués par les sbires de Kabila". Certains analystes n’ont pas hésité à suspecter "Joseph Kabila" cherchait à générer le "chaos" pour décréter l’Etat d’urgence. Cette situation exceptionnelle lui permettrait de faire reporter sine die les élections et restreindre l’exercice des droits et libertés au nom d’un prétendu maintien de l’ordre public. "Il lui faudrait pour ce faire l’onction des deux Chambres du Parlement", fait remarquer un juriste. "La communauté internationale doit cesser de nous rabattre les oreilles sur la promotion de la démocratie en Afrique alors que le profil du président à élire doit d’abord avoir grâce aux yeux à ses yeux", conclut un analyste qui a invité les Congolais "à s’assumer en continuant la lutte jusqu’à la victoire".

Issa Djema/B.A.W (avec Belga)
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