La vérité dévoilée : Crimes contre l’humanité et massacres à l’Est de la RDC

Publié le par jpkasusula

(KongoTimes 15/07/2011)  

Le mode opératoire, l’étendue des crimes commis de même que des témoignages sur la responsabilité des Américains et des Britanniques dans la tragédie qui a sévi dans l’Est de la RDC, telles sont les révélations contenues dans un film documentaire qui cartonne aux USA et en Europe sous le titre « Le Conflit au Congo, la vérité dévoilée ».

Nul ne devra désormais prétendre ne rien savoir du drame qui a endeuillé les Congolais depuis plus d’une décennie. Des crimes les plus abominables ont été commis à l’Est de la RDC. Des massacres des populations, des viols, des tueries massives, des femmes enterrées vivantes, des villages vidés de leurs habitants, des populations soumises à l’errance et exposées à toutes les intempéries. Avec en sus, 6,8 millions de morts.

Toute cette tragédie s’est passée sous la barbe de la communauté internationale. Laquelle est restée pendant longtemps indifférente et aphone alors que la violence gratuite, accompagnée d’actes criminels - que l’on commence timidement à qualifier de crimes contre l’humanité- n’a pas donné lieu à l’émotion que requiert une telle situation. Bien plus, une prise en charge conséquente de la part de la communauté internationale n’a pas suivi tout de suite.

Tout s’est passé comme si un mot d’ordre était donné pour ne point accorder de l’importance à ce énième holocauste. La communauté internationale, se ressaisissant sur le tard, s’est limitée à des constats sans les nommer, ni indiquer les auteurs de ces crimes les plus odieux. Et lorsqu’ils sont identifiés, les sanctions leur coulent sur la peau comme de l’eau sur les plumes d’un canard. De quoi comprendre pourquoi le «Mapping report» et d’autres rapports moisissent dans les placards.

Le court métrage intitulé «Le conflit au Congo : la vérité dévoilée», a l’avantage de lever le pan du voile sur l’étendue des crimes commis, le mode opératoire et les vrais mobiles de leurs auteurs de même que leurs commanditaires. Œuvre de l’organisation américaine «Friends of the Congo», le documentaire fait toute la lumière sur cette page sombre de l’histoire de l’humanité et de l’Afrique dans son ensemble.

Les témoignages sont accablants. Howard French de New-York Times est scandalisé : «Des millions de Congolais ont perdu la vie à cause du conflit. Et ça n’a occasionné aucune couverture médiatique soutenue». Ce n’est guère le fait du hasard.

En fait des responsabilités, les Américains et les Britanniques paraissent aux premières loges. Ils ont tout planifié et fait exécuter la sale besogne par des sous-traitants recrutés dans la région. Ils leur ont apporté un soutien substantiel. En clair, les régimes de Kigali et de Kampala ont joué ce «beau» rôle en contrepartie de largesses et de soutiens diplomatiques tous azimuts.

Un personnage déclare que le soutien des gouvernements américain et britannique apparait comme une rétribution pour «de bons et loyaux services rendus». Faut-il dès lors s’étonner de l’impunité dont sont couverts ces gouvernements criminels et mercenaires au service de la prédation ? La vérité est têtue, elle finit toujours par émerger et triompher.

Quel était le rôle joué par les USA ? Gregory H. Stantan, qui a travaillé au Département d’Etat de 1992 à 1999 révèle : «Il s’agissait d’un soutien direct. Je suis allé au Rwanda peu de jours avant l’invasion. Des livraisons d’armes arrivaient la nuit pour soutenir l’armée rwandaise. On avait placé des personnes dans le pays pour entraîner. En somme, nous soutenions l’invasion. En fait, les USA ont soutenu l’invasion du Congo».

Pour sa part, Claver Pashi relève qu’ «il y a un consensus global qui laisse 6 millions de Noirs mourir au cœur de l’Afrique». Il estime que « Quand on envahit votre pays, on viole vos femmes, on viole les enfants, on contrôle moralement votre esprit». Plus de mystère sur le mode opératoire.

LES AGRESSIONS
Sous le fallacieux prétexte de poursuivre les génocidaires hutus, les régimes en place à Kigali et à Kampala ont vite fait de dépêcher des expéditions militaires en RDC. Les Américains et Britanniques ont fermé les yeux allant jusqu’à accorder leurs soutiens politiques, diplomatiques, financiers et militaires. Pour entretenir le flou sur les dommages collatéraux, ces puissances occidentales se sont retranchées derrière le « motus et bouche cousue ». Il fallait éviter tout lien direct qui conduirait à établir la complicité.

Pour Anneke van Woudenberg de Human Rights Watch, «Les Nations Unies et les Etats-Unis se sentaient coupables de ne pas avoir fourni assez d’efforts afin de stopper le génocide au Rwanda». C’est sous l’administration Bill Clinton qu’il a été pratiqué «une politique extrêmement favorable au Rwanda qui a permis au nouveau gouvernement rwandais de faire ce qu’il voulait au Rwanda et au Congo en toute impunité», affirme Dan Fahey, Doctorant à l’Université de Berkely en Californie.

Conséquence : 6,8 millions de Congolais ont perdu la vie. Sous le couvert du silence observé par la communauté internationale qui voulait se faire bonne conscience pour avoir laissé se commettre le génocide de 1994 au Rwanda. Il est illusoire de considérer que cette attitude était dictée exclusivement par des remords que ressentiraient les gouvernements anglo-saxons. Ce serait faire preuve de naïveté que de le prendre par ce bout. Ce soutien ne peut pas seulement être réduit à une simple «obligation morale». Le court-métrage fait la démonstration de l’attitude américaine : «les Etats-Unis étaient aussi animés par des motivations économiques et politiques».

L’indifférence caractérisée des gouvernements ci-hauts cités ne pouvait être acceptée dans d’autres circonstances de temps et de lieu. «Imaginez que ce soit 6 millions de personnes tuées en Europe, et que nous restions silencieux» s’est exprimé Maurice Cary, directeur exécutif de Friends of the Congo.

Selon un expert interrogé dans le film «Les USA se sont donné la conscience tranquille parce que la sale besogne est exécutée par des gouvernements africains. Les USA n’apparaissent pas».

PRISE DE CONSCIENCE NATIONALE
Les Congolais qui ont subi dans leur chair cette violence organisée pour faciliter la prédation devront savoir s’organiser. Il faut éviter et prévenir de nouvelles violences et de nouveaux deuils collectifs.

Aussi Adam Hocschild a-t-il raison de considérer que : «Lorsque vous avez une grande richesse, sans gouvernement (armée), c’est une invitation à la violence, une pagaille générale».

La refondation de l’Etat est plus qu’une nécessité ; elle est une urgence nationale pour que la RDC retrouve son statut d’Etat parmi les autres.

[Le Potentiel]

 

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