Irrégularités à l’enrôlement: la CENI répond à l’UDPS

Publié le par jpkasusula

(Le Potentiel 12/07/2011)  

Un pas de franchi entre l’UDPS et la CENI. Après le dépôt de son mémorandum au bureau de la CENI pour irrégularités à l’enrôlement, l’UDPS vient de recevoir la réponse de la CENI. Mais la partie n’est pas encore jouée dans la mesure où l’UDPS a promis d’analyser les réponses à ses préoccupations avant de les accepter ou de les rejeter. Le suspense demeure.

La Commission électorale nationale indépendante, CENI, a donné suite au mémorandum qui lui a été soumis par l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) la semaine dernière sous fond d’un sit-in devant le siège de cette institution. Un sit-in qui a enregistré la mort une personne, combattant de l’UDPS, suscitant ainsi une polémique entre le gouvernement et le parti d’Etienne Tshisekedi.

Toutefois, la CENI a tenu à répondre à l’UDPS. A cette occasion, le pasteur Ngoy Mulunda, président de la CENI, accompagné des autres membres de son bureau, n’a pas caché sa volonté de maintenir des échanges francs avec les acteurs impliqués au processus électoral. Objectif : parvenir à un aboutissement heureux du processus électoral. « Nous allons maintenir le dialogue et rencontrer le président de l’UDPS Etienne Tshisekedi dès son retour à Kinshasa, étant donné que le secrétaire général de ce parti s’est gardé de nous recevoir au siège de ce parti à Limete alors que la CENI s’apprêtait à répondre au mémorandum de ce parti de l’Opposition », a déclaré en substance Daniel Ngoy Mulunda. Déclaration faite le dimanche 10 juillet.

Malgré ce couac, ce n’était que partie remise. Le rendez-vous UDPS et CENI d’hier lundi 11 juillet au siège de cette dernière à Gombe a eu lieu et s’est déroulé dans le calme, sous l’œil vigilant d’un dispositif important d’éléments de la Police nationale congolaise, avec en face d’eux des combattants du parti de Tshisekedi, loin de se lasser en terme de mobilisation, malgré les heurts qui ont émaillé leurs précédentes descentes à la CENI.

Le secrétaire général de l’UDPS, Me Jacquemain Shabani, tout comme le directeur de cabinet d’Etienne Tshisekedi, Emmanuel-Albert Moleka, tous de la délégation qui a échangé avec le bureau de la CENI, se sont réservés de divulguer le contenu de la correspondance de la CENI leur adressée au sujet du mémorandum, le temps que l’exécutif du parti en prenne connaissance, ont-ils expliqué. « Nous allons d’abord analyser les réponses données par la CENI pour nous prononcer par la suite », a déclaré Me Jacquemain Shabani joint au téléphone.

Pour Albert Moleka, dircab du président national de l’UDPS, le processus électoral ne pourra avancer sans des échanges permanents. « L’UDPS entend donc poursuivre un dialogue franc avec la CENI pour vider toutes les questions relatives à la transparence de l’opération de révision du fichier électoral », a-t-il fait remarquer, comme pour rassurer que les cadres de l’UDPS ont néanmoins discuté de manière franche avec la CENI sur des points évoqués dans le mémorandum.

Au sujet des réponses données à l’UDPS, elles ont sans doute déjà été révélées par la CENI à une délégation de la Dynamique Tshisekedi président (DTP), en date du 9 juillet 2011. Il leur a été fait remarquer par la CENI, sur la préoccupation de l’UDPS en rapport avec les cartes d’électeur, sans empreintes, avec une seule empreinte et avec les deux empreintes, que tout le monde pourra voter.

Par ailleurs, la CENI qui venait d’obtenir de l’encre indélébile d’Allemagne, et avait contredit les allégations sur l’enrôlement des mineurs, et des militaires, après qu’une délégation composée des partis politiques, de l’UNICEF, de la MONUSCO, la CENI et de Radio Okapi se soit rendue sur les lieux où l’on avait allégué avoir identifié des fraudes.

Pour rappel, le mémorandum soumis par l’UDPS en date du 4 juillet 2011 portait sur la dénonciation de certaines pratiques qui entourent les opérations d’identification et d’enrôlement des électeurs que celle-ci considère comme une volonté inquiétante de tricherie.

SUSPENSE

Des irrégularités soulevées, il a été cité l’opacité des opérations d’enrôlement ne permettant pas aux acteurs politiques ainsi qu’à la population de les suivre et de les contrôler, le manque de volonté de la CENI à la mise en place d’un cadre de concertation crédible et permanent contrairement aux nombreuses promesses de son président, le gel des accréditations des témoins des partis politiques de l’Opposition (Sud-Kivu, Kinshasa…), et le non-affichage des listes d’enrôlés au lendemain de l’inscription.

Le parti d’Etienne Tshisekedi s’est aussi insurgé contre l’inaccessibilité au Centre national de traitement pour les partis politiques, l’influence négative sur le travail de la CENI de la part des acteurs politiques acquis au régime en place dans les contrées dont ils sont ressortissants, l’enrôlement des mineurs, des policiers et des militaires ainsi que les enrôlements multiples, la délivrance des cartes d’enrôlement sans les deux empreintes digitales conformes et la suppression intentionnelle de certains centres d’enrôlement.

Elle a également dénoncé la répartition non équitable du délai des opérations d’enrôlement, 60 jours pour Kinshasa, la plus peuplée des provinces, au lieu de 90 jours comme ailleurs, le ralentissement des opérations liées à la défectuosité des kits, manque d’énergie et/ou manque de cartes d’enrôlement, l’enrôlement massif des étrangers.

L’UDPS rejette aussi les statistiques prévisionnelles publiées par la CENI, estimées selon elle, sur les hypothèses non fondées, au motif que le taux de croissance de la population faisant référence au recensement de 1984, place Kinshasa en premier avec 5,10% suivi du Katanga avec 3,30%. Ce qui équivaut respectivement à 9.710.804 habitants et 9.255.514 en 2010 ; par contre les prévisions de la CENI place le Katanga en première position.

C’est pourquoi, exige-t-elle, des correctifs pour assurer la bonne suite des opérations. Le parti attend de la CENI, la publication sur le site web de la CENI du fichier électoral ainsi que dans les journaux et magazines de grande circulation aux niveaux national, provincial et territorial afin que les électeurs et les opérateurs politiques se rendent compte d’éventuelles irrégularités et de la crédibilité du fichier, l’accès au serveur central de la CENI et source applicative utilisée pour la compilation des données et l’accès au Code source des programmes de traitement des résultats d’enrôlement et de vote.

Aussi, la présence de témoins des partis politiques et des observateurs au Centre national de traitement lors du nettoyage du fichier électoral, la mise en place d’un cadre permanent de concertation entre la CENI et les représentants des partis politiques chargés de procéder à une évaluation hebdomadaire et mensuelle du processus électoral, l’utilisation obligatoire de l’encre indélébile le jour du scrutin et l’obtention par la CENI de la fermeture de toutes les frontières de la République au moins, une semaine avant la tenue du scrutin et le renforcement du contrôle par les services compétents un mois avant le scrutin.

Comme quoi, le suspense demeure dès lors que la réaction, positive ou négative, de l’UDPS à cette réponse de la CENI n’est pas encore connue. Il faut prendre son mal en patience jusque mercredi.

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