FOCUS SUR L'ACTUALITÉ Législatives 2011 : le mot des experts internationaux

Publié le par jpkasusula

 

N3(Le Potentiel 27/12/2011)  

Le compte n’est pas bon pour les élections 2011. Elles n’ont pas encore livré entièrement leurs secrets, jusqu’ici. L’on se bute maintenant à la proclamation des résultats des législatives 2011. La crédibilité de ce scrutin est désormais entre les mains des experts internationaux.

La semaine précédant la fête de Noël et le week-end de la Nativité ont été marqués par deux faits au niveau de la CENI : la suspension de la publication des résultats partiels des législatives 2011 et l’implication de la communauté internationale dans les opérations électorales. C’est dans ce contexte que la CENI, s’appuyant sur le Cadre permanent de concertation avec les protagonistes, s’est entretenue, tour à tour, avec les délégations de la Mouvance présidentielle, MP, et de l’Opposition.

Au menu de ces décisions, tout mettre en oeuvre pour assurer la transparence dans le dépouillement et le comptage des voix, principalement au niveau des Centres locaux de compilation des résultats, CLCR. Décisions qui font suite à toutes ces graves irrégularités qui ont entaché ce processus électoral avec tout le risque d’affecter gravement sa crédibilité, au-delà la fiabilité du scrutin. De la présidentielle aux législatives, des contestations s’enchaînent et se déchaînent qu’il est fort à craindre que l’on bascule dans la violence. Les contentieux n’opposent plus «Pouvoir-Opposition», mais aussi des candidats d’une même famille politique.

Une situation qui n’a pas du tout laissé indifférente la communauté internationale. Principalement, les Etats-Unis, l’Union européenne. Aidés par les rapports «sévères» publiés par leurs missions d’observation, notamment le Centre Carter et celle de l’Union européenne, appuyés par ceux de l’Eglise catholique, les missions d’observation nationales, la CENI a été obligée de se rétracter, de lâcher du lest.

Fait plus intéressant, les protagonistes ne sont pas en reste. Si jusque-là la Mouvance présidentielle ne se sentait pas concernée, voilà qu’elle vient de réagir pour exiger des éclaircissements. Pour le secrétaire général de la MP, Aubin Minaku, il est bon que ceux qui ont été réellement élus puissent intégrer l’Assemblée nationale. Bien plus, il a applaudi de deux mains l’appel lancé à la communauté internationale pour qu’elle apporte son expertise, elle qui ne voulait pas en entendre parler.

Quant à l’Opposition, elle a été la première à tirer la sonnette d’alarme, allant jusqu’à demander l’annulation pure et simple du scrutin. Selon Thomas Luhaka, secrétaire général du Mouvement de libération du Congo, MLC, la CENI les a rassurés que là où des irrégularités ont été commises, la faute sera réparée. Pour le vice-président de la CENI, professeur Jacques Djoli, la CENI «ne laissera passer aucun cas d’irrégularité».

Le Potentiel ne croyait pas si bien dire lorsqu’il rapportait qu’à l’allure où allaient les choses, «la classe politique et la CENI allaient se trouver dos au mur». C’est ce qui vient de se produire.

CENI – Communauté internationale

En attendant, les yeux sont tournés vers la CENI. Comment va-t-elle s’y prendre avec cette implication de la communauté internationale ? A en croire le vice-président de la CENI, l’on n’attend plus que les experts internationaux qui doivent recevoir les autorisations et orientations de leurs pays d’origine. Notamment les Etats-Unis et les pays de l’Europe. Leur travail consistera à aider à la validation des résultats déjà compilés et appuyer les équipes sur le terrain. Ils travailleront sous la supervision de la MONUSCO.

Qu’est-ce à dire ? La CENI sera-t-elle en mesure de contester le travail des experts internationaux ? Interrogations intéressantes. Ceci dit, jusqu’à preuve du contraire, la crédibilité des législatives 2011 est entre les mains des experts internationaux. Ils ont désormais un mot à dire. Lentement et sûrement, l’on assiste à une «certification des élections» qui ne dit pas encore son nom. C’est comme si c’était déjà fait.

En effet, qu’adviendra-t-il si demain ces experts internationaux démontrent que les résultats déjà compilés ne concordent pas avec la vérité des urnes ? Que fera-t-on de ces centres où les agents de la CENI ont disparu avec les colis ? La CENI admettra-t-elle que l’on procède au recomptage des voix pour les législatives ? Quelle interprétation donnée aux irrégularités des législatives par rapport à la présidentielle alors qu’il s’est agi d’une élection couplée ? Comment la CENI va-t-elle gérer son temps dès lors que l’implication des experts internationaux affectera le calendrier électoral ?

Il est important de relever que selon la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, il est question d’apporter la lumière sur les causes des irrégularités, d’identifier les moyens d’obtenir que ces irrégularités soient corrigées. C’est un travail en profondeur qui sera fait par les experts internationaux.

L’Assemblée nationale piégée

Cependant, la grande inquiétude que suscite toutes ces irrégularités et que l’on ne doit en aucun cas prendre à la légère réside dans l’aliénation des institutions de la République. Plus particulièrement l’Assemblée nationale.

En fait, à quoi riment toutes ces graves irrégularités, ces tentatives de tricherie, cette vague de corruption et de falsification des résultats ? Se rend-on compte qu’il s’agit là d’un «véritable crime de lèse-majesté politique» contre l’Etat congolais ?

Au départ, la multitude des candidats, près de 19 000 candidats, si elle est une expression démocratique, elle est en réalité une manifestation d’immaturité, d’inconscience et de médiocrité politiques. Car, elle ne peut favoriser un choix utile par une population à moitié analphabète. Elle est encore une manifestation de l’aliénation de la fonction de «député» pour des raisons d’opportunité économique.

Le clientélisme et la corruption aidant, les futurs pensionnaires du Palais du peuple risquent de ne pas être des personnes qu’il faut à la place qu’il faut. Une assemblée nationale qui sera une chambre d’enregistrement, d’applaudisseurs, pire que celle de la dernière législature. Il sera surtout difficile de constituer rapidement une «majorité parlementaire» si tous les protagonistes péchaient par la falsification des résultats, la corruption, les graves irrégularités.

Quelle sera alors la substance de nos lois ? Comment une telle assemblée nationale jouera-t-elle son rôle de contrôle du gouvernement ?

En fait, la gangrène menace déjà l’Assemblée nationale. Elle atteindra facilement l’Exécutif qui ne se sentira nullement menacée et ne prendra pas du tout en considération toutes les recommandations qui pourraient lui être faites par une assemblée nationale qui ne sera pas à la hauteur de sa tâche. Le péril est en la demeure. C’est la grande peur. Tout se passe comme si l’on n’a pas pris la haute dimension d’une élection.

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