FDLR : Le jeu dangereux de "Joseph Kabila"

Publié le par jpkasusula

 


La rencontre Kabila-Kagame à Goma. Photo province du nord Kivu.

 

A la demande du président rwandais Paul Kagame, «Joseph Kabila» a entamé des pourparlers avec les leaders Hutu des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR). A l’ordre du jour, le transfert des combattants de ce mouvement des environs de Walikale-Masisi au Kivu vers la province du Maniema. But : éloigner ces opposants armés des frontières de leur pays, le Rwanda. Des «négociations» sont en cours entre les dirigeants des FDLR et le «gouvernement congolais», représenté par …un officier belge nommé Jean-Pierre Breyne. Ancien des services des renseignements militaires (SGR), Breyne a travaillé au «Bureau Afrique» du ministère belge de la Défense à l’époque du PS André Flahaut. On trouve également son nom parmi les personnes auditionnées, à huis clos, en 2001, par la "Commission Grands Lacs" du Sénat belge. Selon le site www.afroamerica.net, la délocalisation des FDLR procèderait de la crainte du régime de Kigali de voir les miliciens hutus s’allier aux généraux dissidents Patrick Karegeya et Faustin Kayumba Nyamwasa.

«Joseph Kabila» travaille-t-il au service de la sécurité nationale du Rwanda...au Congo? Le président sortant congolais semble avoir engagé le redoutable pari de défier l’opinion congolaise en tombant le «masque» derrière lequel il dissimulait, depuis une décennie, son passé d’ancien sous-officier de l’Armée patriotique rwandaise (APR). Peuple dénué de capacité d’indignation, les Congolais regardent et laissent faire.

A quelques mois de la tenue des élections générales en RD Congo, "Joseph" a fait entamer des négociations avec les miliciens des FDLR en vue d’obtenir leur «délocalisation» dans la province du Maniema. Loin des frontières du Rwanda. Au lieu d’exiger à son homologue rwandais Paul Kagamé d’encourager le retour de ses concitoyens réfugiés en RD Congo, «Kabila» préfère endiguer le conflit rwando-rwandais sur le sol congolais. Une manière d’étendre les violences déplorées jusqu’ici dans les régions du Kivu.

Négociations

Dans son édition datée du mercredi 8 juin 2011, le quotidien flamand «Het Belang Van Limburg» (HBVL) rapporte, sous la plume de Roger Huisman, que «Joseph Kabila» a mandaté un ancien officier belge nommé Jean-Pierre Breyne de «négocier» avec la milice hutue des FDLR. L’objet des pourparlers porte sur le transfert des miliciens rwandais au Maniema. A en croire ce journal, Breyne accomplirait cette mission «sous l’égide» de l’ancien ministre belge de la Défense et actuel président de la Chambre des députés, le socialiste francophone André Flahaut. Début mars dernier, ce dernier avait effectué une tournée qui l’avait conduit au Burundi, au Rwanda et en RD Congo. A Kigali, Flahaut avait participé le 8 mars à la 3ème conférence des présidents des assemblées parlementaires de ces trois pays. La «sécurité dans la Région des Grands Lacs et la coopération économique», était le thème du jour. A l’issue de cette réunion, Flahaut a été reçu à Kinshasa par «Kabila».

Interrogé par «HBVL», André Flahaut qui n’a jamais fait mystère de sa "kabilophilie" dit ne rien savoir des activités de son ancien collaborateur Jean-Pierre Breyne. Celui-ci abonde dans le même sens. L’ancien officier admet néanmoins connaître «relativement bien» le président congolais et d’avoir amorcé, à sa demande, des pourparlers avec les FDLR. Les deux parties seraient, selon lui, sur le point «de conclure un accord». A en croire Breyne, les négociations ont lieu à Ntoto dans le Nord Kivu. Les parties devraient aborder bientôt la question relative au site où les miliciens devraient être installés. Selon HBVL, le ministère belge des Affaires étrangères aurait pris ses distances par rapport au «travail» effectué par Breyne : «Nous sommes au courant des activités de Breyne qui agit sur la demande du président Kabila et pas de la Belgique». Selon la même source, mi-mars, le régime congolais et les FDLR ont signé un «préaccord» portant sur le transfert au Maniema d’un premier groupe de 1500 miliciens. Il resterait 3000 miliciens dans les deux provinces du Kivu prêts à respecter une «trêve».

"Kabila" en baisse de popularité

A en croire HBVL, l’action que tente Joseph Kabila n’est pas dénuée d’arrière-pensées électoralistes à quelques mois de l’élection présidentielle. Le président sortant entend prouver qu’il œuvre pour la restauration de la paix dans les deux Kivu. «La popularité de Kabila au Nord et Sud Kivu est au plus bas», note le journal flamand. Celle de Vital Kamerhe «a atteint le zénith», ajoute-t-il. Et de souligner que «Kabila» tente de récupérer le terrain qu’il a «déjà perdu» au profit de Kamerhe. Pour ce quotidien, le transfert des FDLR au Maniema est une opération «risquée» du fait de la présence dans cette région des miliciens Maï Maï. Par ailleurs, les observateurs craignent de voir les miliciens FDLR non impliqués à cet accord s’organiser sur le modèle de la rébellion ougandaise de la LRA qui sévit au Congo et en République Centrafricaine.

Sur le même sujet, dans un article mis en ligne le 2 avril dernier, le site www.afroamerica.net qui cite des sources proches de la Mission onusienne au Congo (Monusco), précise que les négociations menées par Jean-Pierre Breyne vise à déménager le "quartier général" des FDLR des environs de Walikale-Masisi vers la province du Maniema. Et ce «en contrepartie d’une importante somme d’argent et autres avantages matériels». Autrement dit, les FDLR, représentées par le général Gaston Iyamuremye aka Ramuri, posent des conditions à la partie congolaise. Outre Breyne, celle-ci est composée de Jean-Luc Kuye Ndondo, président de la Commission vérité et réconciliation, et de Père Minani.

Négociations directes FDLR-Kagame

Selon cette dernière source, outre le «rétablissement de la paix » dans les provinces du Kivu - en prévision de l’élection présidentielle prévue le 28 novembre prochain - le gouvernement congolais entend «relancer» l’Accord de Rome signé en 2005 entre la RD Congo et les FDLR. Cette convention donnait aux réfugiés hutus le choix entre «l’installation définitive» dans une des régions congolaises ou le «rapatriement volontaire» au Rwanda. Les autorités de Kinshasa escomptent également obtenir l’arrêt des attaques des FDLR et le désarmement des "délocalisés".

Les dirigeants des FDLR, eux, posent au gouvernement congolais trois conditions majeures. Primo : procéder au versement d’un montant oscillant entre 250 000 et un million US $ promis à Rome en 2005. Secundo : convaincre le régime de Kigali d’engager des "négociations directes" avec la milice hutue et enfin : arrêter toute attaque contre les miliciens. «Les observateurs, commente ce site, restent sceptiques, quant à l’aboutissement de ces négociations". Des négociations, il est vrai, engagées à l’initiative du gouvernement de Kigali qui redoute de voir les FDLR faire jonction avec les généraux dissidents Kayumba Nyamwasa et Patrick Karegeya». Selon cette source, le gouvernement rwandais attend du gouvernement congolais non seulement le transfert mais aussi le désarmement des FDLR après leur installation au Maniema. «Après le désarmement, Kigali caresse le rêve secret d’anéantir les miliciens désarmés», ajoute la même source. Le Belge Jean-Pierre Breyne s’est rendu, en avril dernier, à Kigali. But : convaincre le gouvernement rwandais d’accepter les conditions posées «s’il veut anéantir les FDLR». "Kabila" serait disposé à verser la somme exigée par les FDLR.

La "bonne entente" Kabila-Kagame

Fin décembre 2008, le président sortant congolais a signé un accord secret avec son homologue rwandais. Le contenu de cette convention – intervenue après la débâcle des FARDC à Mushake face aux combattants du CNDP de Laurent Nkunda appuyés par l’armée rwandaise - n’a jamais été divulgué. Les effets sont palpables. A partir du mois de janvier 2009, l’opinion congolaise a été stupéfaite d’apprendre le déploiement des forces régulières du Rwanda sur le sol congolais dans le cadre de l’opération «Umoja Wetu» et autres «Kimya» et "Amani leo".

Depuis la "réconciliation" entre Kinshasa et Kigali, «Joseph Kabila» semble tiré par le bout du nez par son homologue et ex-parrain rwandais à qui il obéit désormais au doigt et à l’oeil. En mai 2010, cinquante-quatre éléments des FDLR ont été transférés de Goma à Kisenge au Katanga sur initiative de Daniel Mulunda Ngoy Nyanga. Le même. Cette gravissime décision n’a été précédée d’aucun débat ni au gouvernement ni au niveau du Parlement. Président du Parec (Programme national pour la paix et la reconstruction), Mulunda qui se prévalait du titre de «conseiller spirituel» de «Joseph Kabila» a "convoyé" personnellement ces combattants ainsi que des membres de leurs familles, soit au total 164 personnes. Pour justifier cette démarche accomplie sans aucun mandat officiel, le «pasteur» s’est contenté de dire que cette «délocalisation était conforme aux accords de Goma». A l’époque, le ministre de la Communication et presse est intervenu en affirmant que "ce transfert fait partie d’un vaste programme du gouvernement congolais qui va aboutir au retour de ces FDLR dans leur pays d’origine". Et d’ajouter : «Il n’y a aucune menace pour la sécurité des populations». L’itinéraire le plus court entre les provinces du Kivu et le Rwanda passe-t-il par le Katanga?

Le 7 mai 2011, le convoi du ministre congolais de l’Enseignement supérieur et universitaire, Léonard Mashako Mamba, a été attaqué par des «hommes armés» présentés comme étant des miliciens FDLR. Mashako se rendait à Rutshuru dans la province du Nord Kivu. Un mois après, les conclusions de l’enquête ouverte sur cette agression n’ont toujours pas été publiées. Pendant que l’insécurité et l’instabilité continuent à régner dans les provinces du Kivu et que les populations congolaises vivent dans la peur au quotidien dans leur propre pays, l’homme fort de Kigali se réjouit de l’entente plus que cordiale existant désormais entre lui et son homologue congolais. Dans une interview accordée à l’hebdomadaire parisien «Jeune Afrique» n°2625, il a eu ces mots : « (…). Les choses vont mieux entre nos deux pays, c’est vrai, dans la mesure où les problèmes qui nous séparaient sont désormais traités à la racine. Dans ce contexte, la bonne entente entre les deux chefs d’Etat est un plus incontestable. Bien sûr, la paix n’est pas encore revenue dans le Nord Kivu, où les forces négatives continuent d’opérer et de recruter. Mais les progrès sont évidents.»

B.A.W
© Congoindépendant 2003-2011

Commenter cet article