Elections 2011 : l’avenir de la RDC en jeu

Publié le par jpkasusula

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(Le Potentiel 21/07/2011)  

Coup d’Etat manqué en Guinée. Poursuite de la guerre en Libye. Violences en Syrie et au Yémen. Crise budgétaire aux Etats-Unis. Crise de la dette en Europe. Ce sont là des signes annonciateurs de profondes mutations en Afrique et dans le monde. C’est en ce moment que la RDC s’apprête à organiser des élections générales mais cruciales d’autant qu’elles constituent «l’enjeu central» qui déterminera le rôle qu’elle devra jouer très prochainement tant sur le plan régional qu’international.

Qui est derrière le Coup d’Etat manqué en Guinée-Conakry ? Il faudra attendre la fin des investigations pour que le pan de voile soit levé. Si pas entièrement, mais un seul coin suffirait pour se lancer dans des supputations.

Toujours est-il que les premières déclarations sont révélatrices d’un fait : les démocraties en Afrique sont toujours fragiles. Il faut chaque fois compter avec «des groupes identitaires et des maffieux» pour contrer toute surprise. La Guinée est riche en bauxite et en minerais de fer. Un espace économique que seul un Etat fort peut assurer sa protection.

Le clan arabe est en ébullition. La Révolution de Yasmin a eu des effets d’entraînement si bien qu’il est désormais question d’instaurer des régimes démocratiques. Or, le clan arabe est riche en pétrole. Les prochaines élections « démocratiques » qui vont s’y dérouler, de la Tunisie au Yémen en passant par l’Egypte, et bientôt la Libye et la Syrie, seront déterminantes pour l’avenir de ces pays. Elles doivent mettre en place des «institutions fortes» au moment où la route du pétrole est en train de passer sous le contrôle de grandes puissances occidentales.

Dans quatre mois, la RDC organisera les deuxièmes élections démocratiques. Pays post-guerre, ses institutions sont fragiles tant elles continuent à subir la «pression» extérieure. La RDC demeure un «espace économique» qui suscite beaucoup de convoitises. Or, les prochaines élections se déroulent au moment même où les mutations pointent à l’horizon dans la recherche inévitable d’un nouvel ordre mondial. Ne seront retenus dans le nouvel environnement que les «Etats forts » disposant d’ «institutions nationales fortes». Lors de son discours à Accra, le président américain Barack Obama, à peine installé, fixait l’Afrique sur la nouvelle vision de son pays : «Les Etats-Unis auront plus besoin des Etats forts que des hommes forts». De façon anticipée, le chef de la « Maison blanche » venait de souligner toute l’importance à accorder aux élections 2011 au Congo démocratique.

Mardi 19 juillet, dans une interview accordée à RFI, Henri de Raincourt, ministre français de la Coopération, a été plus précis. A une question de savoir si après le « printemps arabe», l’on peut déjà parler de «printemps africain», le ministre français a été on ne peut plus direct : «Le printemps africain en tant que tel a commencé dans différents domaines depuis déjà un certain temps. Que ce soit sur le plan économique avec des croissances dans un certain nombre de pays. J’étais, par exemple, au Ghana avec le Premier ministre ce week-end. Au cours de l’année 2011, excusée du peu, la croissance au Ghana tournera autour de 14 %. Deuxièmement, le printemps est aussi démocratique. Je rappelle que ce soit en Guinée- Conakry, au Niger, en Côte d’Ivoire, c’est la démocratie qui l’a emporté».

L’axe Afrique du Sud – RDC - Afrique du nord

Il est de ces signes qui ne trompent pas. Dans cet élan de redressement économique de l’Afrique, un axe paraît plus rentable. Il s’agit de l’axe RSA-RDC-Afrique du nord. Même les concepteurs du NEPAD y ont pensé.

Comme on peut bien le constater, la RDC occupe une position stratégique, entre des pays qui, pratiquement, font déjà partie du cercle des « pays émergents». Particulièrement l’Afrique du Sud Le Maroc, l’Egypte, la Tunisie, l’Algérie, ont déjà un pied dans l’Union européenne dans le cadre de l’Union des pays méditerranéens(UPM). Le passage obligatoire par la RDC permet de désenclaver économiquement les pays de l’Afrique de l’Est, ceux du centre et de l’Ouest. Les ambitions du président Joseph Kabila de faire accéder la RDC au club des pays émergents se révèlent légitimes.

L’ambassadeur du Royaume de Belgique à Kinshasa, Dominique Struye de Suielande, s’inscrit dans la même logique A la veille de la fête nationale belge, il a souhaité que la RDC améliore davantage «le climat des affaires». Il s’agit là de la voie cardinale pour attirer des investisseurs étrangers, sécuriser les investisseurs nationaux en vue d’accélérer la croissance économique, paramètre important d’un développement global durable.

A qui profitent les incertitudes dans le monde arabe ? Une partie de la réponse à cette interrogation pourrait se trouver dans cette information relative à la délocalisation de la succursale de la Barclays Bank qui s’occupait de l’Afrique. Installée jusque -là à Dubaï, elle devrait transférer ses bureaux en Afrique du Sud. Ce sera un geste de confiance à l’endroit des institutions sud-africaines. Dans cet élan de concurrence loyale, la RDC a l’obligation politique de bénéficier et de mériter les mêmes faveurs. Les élections 2011 offrent à la RDC la meilleure des opportunités de se placer sur le parcours du progrès.

L’Amérique et l’Europe

Des opportunités ? L’environnement international en offre encore. Tout est question de savoir lire les signes de temps et de saisir le bon bout.

En effet, les pays occidentaux traversent une crise financière sans précédent. Les Etats-Unis sont confrontés à un déficit budgétaire qu’il est même question d’accélérer le retrait des troupes américaines de l’Afghanistan. Donc, la caisse américaine sonne creux.

Il en est de même des pays européens confrontés à leur tour à la «crise de la dette». La Grèce, pour ne citer que ce pays, est en état de cessation de paiement. Quant au reste du «vieux continent», il subit des remous sociaux et les solutions tardent à venir pour autant que les caisses européennes sont aussi vides.

Si dans un premier temps, ils se sont tournés vers la Chine, le «grand argentier» du moment, l’Afrique figure également dans leur agenda. Réserve des matières premières encore inexploitées, le continent noir est à même d’offrir à l’Occident la bouffée d’oxygène dont il a besoin.

Subtil et malicieux l’Occident n’est prêt à un «partenariat adulte» que face à des interlocuteurs valables, c'est-à-dire des «Etats forts». Dans le cas contraire, il va puiser dans sa forte capacité de nuisance pour contrôler les richesses des «Etats fragiles», sans «institutions nationales fortes», avec toutes les possibilités de conduire à leur balkanisation.

Tous ces faits se jouent maintenant. Au moment où la RDC s’apprête à aller aux urnes, pour la seconde fois consécutive. D’où, ces propos prophétiques de Abdou Diouf : «Les élections ne sont pas une fin en soi. Mais le meilleur moyen de combattre l’instabilité politique, de ne plus disposer «des institutions nationales affaiblies».

Au regard de ce qui précède, on ne peut qu’affirmer que les élections 2011 constituent, à l’heure où s’affirment ces profondes mutations en Afrique et dans le monde, l’enjeu central du rôle combien important que le Congo-Kinshasa doit jouer tant sur le plan continental qu’intercontinental. C’est dire que l’avenir de la RDC est en jeu.


Par Le Potentiel

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