Elections 2011 en RDC : Kengo défie Tshisekedi

Publié le par jpkasusula

Là où le leader de l’UDPS, Etienne Tshisekedi, avait opté pour Tata Raphaël avec environ 40.000 places, le patron de l’UFC, Léon Kengo wa Dondo, mise sur le stade des Martyrs pour plus ou moins 80.000 personnes. Habitué à ne sortir sa tête qu’en dernière minute, Léon Kengo surprend cette fois-ci. Celui qui détient, jusqu’à ce jour, le record de nominations et de longévité au poste de Premier ministre en RDC, prend politiquement date avec l’histoire. A la tête de l’Union des forces du changement, Léon Kengo wa Dondo choisit le stade des Martyrs pour la sortie officielle de son parti, là où, généralement, les acteurs politiques congolais optent pour des cadres moins spacieux pour prévenir tout échec. Le leader de l’UDPS, qui demeure le seul dans l’opposition, en 2011, à mobiliser un aussi grand nombre de personnes au stade Tata Raphaël, risque de perdre sa couronne au cas où «l’homme de la rigueur» arriverait à remplir le plus grand stade congolais. Plus qu’un simple défi, c’est donc une question de vie ou de mort en politique en prévision de la présidentielle 2011. Surtout que, du côté de l’opposition, le plus difficile demeure d’accorder les violons autour d’une candidature unique face au candidat de la Majorité, Joseph Kabila Kabange.

Kengo au stade des Martyrs. Qui pouvait le croire? Donné pour n’être populaire que dans les milieux des Occidentaux sans avoir des assises réelles au plan interne, Léon Kengo wa Dondo entend relever le défi. C’est ce dimanche 24 juillet 2011 que son parti, l’Union des forces du changement, fait sa sortie officielle. Plus qu’une simple sortie, c’est une véritable démonstration de force que le président du Sénat tient à faire à Kinshasa. D’habitude, le champion toutes catégories de la Primature sous le régime Mobutu ne fait jamais rien au hasard. Fin calculateur, Kengo ne se lance dans une bataille que lorsqu’il a toutes les garanties nécessaires.
Stade des martyrs contre tata raphaël pour l’udps

Pourquoi opter pour le stade des Martyrs réputé difficile à remplir là où Etienne Tshisekedi, leader de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), avait limité les ambitions de son parti au stade Tata Raphaël qui peut contenir entre 40.000 et 50.000 personnes? Ce qui est déjà un record pour un parti politique en RDC. On se rappellera qu’il y a peu, le député Ingele Ifoto a réussi à remplir, contre toute attente, le stade Cardinal Malula (ex 24 novembre) avec environ 10.000 personnes si nos estimations sont bonnes. A l’heure où les différentes forces politiques congolaises commencent à s’adonner à la démonstration de force, Léon Kengo semble placer la barre très haut en optant pour le stade des Martyrs capable de contenir 80.000 places ou plus en cas de débordement.

Cité parmi les possibles candidats à la présidentielle 2011, Léon Kengo tente certainement à peser lourd, plus lourd que Tshisekedi à Kinshasa. Vu sous cet angle, la sortie officielle de l’UFC tient lieu de défi par rapport au «lider maximo». S’il arrive à remplir effectivement le stade des Martyrs, Kengo aura prouvé qu’il peut bien briguer la magistrature suprême en lieu et place de Tshisekedi qui ne semble pas le prendre au sérieux et qui leur demandait, à Kengo et à Kamerhe, de faire d’abord leurs preuves au sein de l’opposition avant d’exiger quoi que ce soit.  Apparemment, défi pour défi, Léon Kengo place la barre très haut à Kinshasa au moment où Tshisekedi sera à la conquête du Katanga. Le duel Kengo-Tshisekedi se veut comme de véritables primaires dans les rangs de l’opposition où les violons sont encore loin de s’accorder autour d’une candidature unique à la présidentielle 2011 qui s’annonce rude.
LES ATOUTS DE KENGO FACE A TSHISEKEDI

S’il est vrai que ne peut pas remplir le stade des Martyrs qui veut dans les rangs des partis politiques, il est aussi vrai qu’il faut disposer de sérieux atouts pour prendre ce risque. On se souviendra que du temps de la transition «1+4», deux leaders de l’opposition politique avaient pris le risque d’affronter ce  grand stade, l’un n’a récolté qu’environ 5.000 personnes et l’autre s’est même désisté en dernière minute. Le MLC de Jean-Pierre Bemba, en 2006, s’était limité au stade Tata Raphaël alors que le PPRD avait jeté son dévolu sur la Fikin. Kengo est donc le premier à fixer la barre si haut. Il doit, pour revoir fortement à la hausse ses ambitions face à Tshisekedi, disposer de grands atouts au risque de jouer, lui-même,  sa disqualification au sein de l’opinion tant nationale qu’internationale. Il le sait pertinemment bien. S’il prend tout de même le risque, c’est qu’il a fait ses calculs.

A en croire des sources généralement bien informées, Kengo aurait sérieusement «recruté» à Kinshasa dans les milieux politiques. Sans nul doute que les partis alliés à l’UFC de Kengo mobiliseront leurs militants en guise de contribution à cette bataille politique où aucune erreur n’est permise. C’est donc toute l’alliance qui sera aux premières loges et non l’UFC de Kengo seule. En dehors de ce double atout (UFC et les alliés), Kengo bénéficierait également d’un autre atout et pas de moindre à travers ses «amis» qui se retrouvent à la tête d’une mega-structure qu’il ne serait pas indiqué de citer à ce stade. Si cette structure met la main à la pâte, les choses pourraient se passer comme Kengo le veut au stade des Martyrs. Il y aurait certainement encore d’autres stratégies en gestation pour relever le défi du grand stade omnisport congolais. Il faut tout de même reconnaître que Kengo mobilisait déjà des gens avec son UDI (Union des démocrates indépendants) sous Mobutu à Kinshasa.
HABITUE DU SPRINT, KENGO A DEJA FAIT SES PREUVES AUTREFOIS

Le match entre Kengo etTshisekedi rappelle à bon nombre d’observateurs, les négociations politiques, tenues de fin 1993 à début 1994 au Palais du peuple, entre la famille politique à laquelle appartenait Mobutu (FPC/Forces politiques du conclave) et l’opposition (Union sacrée de l’opposition radicale et alliés).  Là où des proches de Tshisekedi se battaient pour son retour à la Primature, Léon Kengo, à la tête des opposants modérés, a donc fini par l’emporter sur Etienne Tshisekedi disqualifié en cours de route par la commission dite de 33 que dirigeait le patriarche Justin-Marie Bomboko Lokumba. Etienne Tshisekedi est certainement loin d’oublier cette leçon. On s’était retrouvé, du coup, en face de deux élus au nom de la logique du contraire: l’élu de la CNS (Conférence nationale souveraine), Tshisekedi, et l’élu du HCR-PT (Haut conseil de la République-Parlement de transition, Kengo.

En 2007, lors de l’élection du bureau du Sénat, là où la plupart de gens attendait Léonard She Okitundu au poste de président au nom de la majorité, c’est en fin de compte l’indépendant Léon Kengo qui l’a emporté au grand étonnement de Yerodia Abdoulaye Ndombasi que She Okitundu avait déjà réussi à écarter de la course. Mais, d’où était-il donc sorti pour surprendre tout le monde? Comme son ami Monsengwo, Kengo a plus d’un tour dans ses manches. S’il gagne le pari du stade des Martyrs, Léon Kengo bousculera les calculs pour la présidentielle 2011 en s’alliant une bonne partie des opposants.

Dès lors, au cas où Léon Kengo se déclarerait officiellement candidat à la magistrature suprême de la RDC et si les violons ne s’accorderaient pas avec Tshisekedi, l’on se retrouverait avec deux camps au sein de l’opposition pour convoiter le même fauteuil face à Joseph Kabila. Comme autrefois, Kengo misera sur la fameuse troisième voie entre le chef de l’Etat sortant et le leader de l’UDPS. Il ne faut pas non plus, dans ce cas de figure, écarter l’hypothèse selon laquelle il pourrait saisir l’occasion pour se positionner par rapport à la Primature. Mais là, il ne suffira pas seulement de remplir le stade des martyrs, il faudra surtout gagner la bataille législative.
L’AXE KENGO-KAMERHE FACE A TSHISEKEDI ?

Certains observateurs sont d’avis que Kengo et Kamerhe partagent une même sensibilité d’une opposition républicaine. Cela demeure possible et si c’est le cas, ils ne manqueront pas de mettre sur pied au grand jour une alliance pour canaliser leurs ambitions là où les deux personnalités ne semblent pas du tout en odeur de sainteté avec Tshisekedi. Ceux des observateurs qui penchent ouvertement vers cette hypothèse justifient leurs projections par le fait que les deux personnalités ne se livrent jamais, alors jamais, à une opposition orientée vers les individus là où le leader de l’UDPS attendrait d’eux de passer le clair de leur temps à vilipender le régime en place et surtout celui qui l’incarne, en l’occurrence le chef de l’Etat actuel, Joseph Kabila. Or, pour avoir été, l’un président du Sénat et l’autre speaker de la chambre basse, Kengo et Kamerhe ont pris part au régime actuel au sommet de l’Etat. Et à ce titre, non seulement ils sont mal placés pour se mettre à déverser certaines choses sur la place publique, mais ils ont été aussi responsables que d’autres dans la situation actuelle de la Rd Congo.

Mais, il faut aussi leur reconnaître que, comme tout Congolais qui le souhaite, ils peuvent proposer autre chose que la gestion à laquelle ils ont pris part s’ils estiment que leur contribution peut aider la RDC à mieux évoluer. L’opposition, partout à travers le monde, ne se limite pas à dénigrer le régime en place, mais à se constituer en alternative crédible par rapport à ce pouvoir. Sur ce terrain, rien ne permet du coup de douter de l’appartenance ou non de Kengo et Kamerhe à l’opposition, tout comme Tshisekedi a aussi des raisons de douter de ceux qui ont partagé le pouvoir avec Joseph Kabila au sommet de l’Etat et qui, aujourd’hui, prétendent faire mieux et se disputent la place avec ceux qui ont passé toute la législature dans l’opposition. Il se trouve des observateurs pour dire que Léon Kengo et Vital Kamerhe avaient même commencé un peu plus tôt à préparer leur plan. Ils rappellent, pour cela, l’époque où le chef de l’Etat les avait saisis officiellement à travers son directeur de cabinet pour leur demander de gérer leurs institutions au lieu de s’adonner tout le temps à la diplomatie. Ce qui sous-entendait que c’est à travers des voyages qu’ils nouait certains contacts.
EN CAS DE BATAILLE ENTRE OPPOSANTS, KABILA POURRA SE FROTTER LES MAINS

Il faudrait craindre qu’en cas de désaccord, Léon Kengo et Kamerhe choisissent d’évoluer en duo à côté de leurs alliés. En ce moment, le camp de Kengo aura son candidat (Kengo lui-même ou Kamerhe) face à Tshisekedi dans l’autre camp. Comme à l’époque de Mobutu où les opposants se disputaient la Primature à longueur de journée au point de faciliter la tâche à Mobutu qui, au nom du principe «diviser pour mieux régner», n’avait qu’à se frotter les mains et se réjouir de l’affaiblissement de la grande famille de opposition qu’il redoutait en 1991 et en 1992. Si jamais les opposants passaient leur temps à se battre lors de la présidentielle 2011, Joseph Kabila, comme le maréchal Mobutu autrefois, n’aura qu’à se frotter les mains parce qu’il sera, d’une manière ou d’une autre, le principal bénéficiaire, lui qui tient tant à un deuxième mandat. Bien entendu, à l’issue de la bataille tant présidentielle que législative nationale, il sera toujours possible de se positionner par rapport au nouvel ordre politique et institutionnel.

Marcellin MANDUAKILA

Publié dans Politique

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