Affaire Chebeya & Bazana : La «VSV» dénonce un «procès inachevé»

Publié le par jpkasusula

 

 

Le "général" John Numbi Banza Tambo, le suspect numéro 1 au double assassinat de Chebeya et Bazana

Dans un communiqué daté du vendredi 24 juin 2011, l’association de défense des droits de l’Homme «La Voix des Sans Voix» dit tout le mal qu’elle pense du verdict rendu la veille par la Cour militaire de Kinshasa-Gombe sur le double assassinat de Floribert Chebeya Bahizire et Fidèle Bazana. L’association commence par fustiger «l’absence d’une volonté politique» résolue à faire éclater la vérité «sur les circonstances réelles» de ce double assassinat. La VSV de relever quelques bizarreries. Il y a d’abord «la condamnation à la peine de mort par contumace» infligée à Paul Muilambwe, alors que ce policier fugitif n’est plus en cavale. Il a regagné Kinshasa depuis le mois d’avril. Il serait détenu au secret. La VSV dit sa déception et celle de l’opinion face à la complaisance de la Cour sur le cas de Fidèle Bazana Edadi. Cette juridiction militaire s’est gardée de déterminer les responsabilités sur la «disparition» du corps de ce dernier. Et ce, en dépit du jugement déclaratif de décès rendu par le Tribunal de grande instance de la Gombe confirmant la mort Bazana «dans les mêmes circonstances que M. Floribert Chebeya Bahizire.» La VSV se dit enfin «préoccupée» par «l’impunité dont continue à bénéficier le suspect numéro 1 en l’occurrence l’Inspecteur divisionnaire en chef, John Numbi Tambo dans le double assassinat de Floribert Chebeya Bahizire et Fidèle Bazana Edadi. Il en est de même de tous les agents de la police comparus devant la Cour en qualité de renseignant alors que leurs dépositions ont démontré leur implication dans la commission du crime.» La VSV a décidé d’interjeter Appel contre l’arrêt rendu par cette juridiction militaire et demande aux autorités congolaises «de garantir des conditions d’un procès juste et équitable notamment par le commissionnement par le chef de l’Etat, des officiers généraux au grade égal à celui de l’Inspecteur divisionnaire en chef, John Numbi Tambo à la Haute Cour Militaire pour que ce dernier y soit jugé.»

Issa Djema.

Ci-après le texte intégral du communiqué de la « VSV » :

Communiqué de presse N°027/RDC/CE/2011

LE VERDICT DE LA COUR MILITAIRE DANS LE PROCES SUR L’ASSASSINAT DE FLORIBERT CHEBEYA ET FIDELE BAZANA : GOUT D’UN PROCÈS INACHEVE

La Voix des Sans-Voix pour les droits de l’homme (VSV) informe l’opinion nationale et internationale du verdict rendu ce jeudi 23 juin 2011 par la Cour Militaire de Kinshasa/Gombe siégeant en matière répressive en chambre foraine à la Prison Centrale de Makala, dans l’affaire relative au double assassinat de Défenseurs des Droits Humains et membres effectifs de la VSV, feus Floribert Chebeya Bahizire et Fidèle Bazana Edadi.

Par son verdict, la Cour Militaire de Kinshasa/Gombe a prononcé la condamnation de cinq policiers à des peines ci-après :

- Colonel Daniel Mukalay Wa Mateso à la peine de mort

- Major Christian Ngoyi Kenga Kenga à la peine de mort

- Jacques Migabo à la peine de mort

- Paul Muilambwe à la peine de mort

- Michel Mwila Wa Kubambo à la prison à perpétuité.

La Cour Militaire a acquitté les policiers ci-après :

- Blaise Mandiangu Buleri

- François Ngoy Mulongoy

- Colonel Georges Amisi Kitungwa

A la suite de ce verdict, les défenseurs des droits de l’homme en général et la VSV en particulier demeurent sur leur soif de la vérité sur les circonstances exactes du double assassinat de leurs collègues. Aussi, la VSV dénonce-t-elle l’acquittement de trois policiers. Ces derniers, bien qu’ayant « joué un rôle postérieur à l’assassinat », ont pourtant manifestement contribué à brouiller les pistes qui auraient pu conduire à la manifestation de la vérité dans ce procès.

De même, la condamnation à la peine de mort de Paul Muilambwe par contumace, alors qu’il est rentré à Kinshasa, depuis avril 2011, où il serait en détention au secret en lieu et place de sa présentation devant la justice prouve à suffisance l’absence d’une volonté politique à faire la lumière sur les circonstances réelles du double assassinat de Floribert Chebeya Bahizire et Fidèle Bazana Edadi.

La reconnaissance par la Cour Militaire de la responsabilité civile de l’Etat congolais consécutivement au double assassinat dans les installations de l’Inspection Générale de la Police Nationale Congolaise (PNC) à Kinshasa/Lingwala, dans la nuit du 01 au 02 juin 2011, constitue pour la famille mondiale des Défenseurs des Droits Humains un motif de satisfaction partielle et ce, du fait de l’implication directe de ses agents de l’ordre (policiers) dans la commission du crime d’assassinat planifié et ciblé.

Toutefois, les Défenseurs des Droits Humains expriment leurs vives préoccupations quant à l’impunité dont continue à bénéficier le suspect numéro 1 en l’occurrence l’Inspecteur Divisionnaire en Chef, John Numbi Tambo dans le double assassinat de Floribert Chebeya Bahizire et Fidèle Bazana Edadi. Il en est de même de tous les agents de la police comparus devant la Cour en qualité de renseignant alors que leurs dépositions ont démontré leur implication dans la commission du crime.

Pour s’en convaincre, comme pour baliser la voie, la Cour avait rendu un Arrêt avant dire droit stipulant qu’aucun renseignant ne sera converti en prévenu quelle que soit la gravité de leurs dépositions.

Par ailleurs, la déception de l’opinion est d’autant plus grande que la Cour s’est révélé complaisante quant à la manifestation de la vérité sur le sort subi par M. Fidèle Bazana Edadi dont le corps demeure introuvable jusqu’à ce jour, et ce, malgré le jugement déclaratif du décès rendu par le Tribunal de Grande Instance de Gombe confirmant la mort de M. Fidèle Bazana Edadi dans les mêmes circonstances que M. Floribert Chebeya Bahizire.

En lieu et place de reconnaître l’infraction d’assassinat à l’endroit de la victime, M. Fidèle Bazana Edadi à l’instar de M. Floribert Chebeya Bahizire, la Cour s’est contentée de parler de l’enlèvement, arrestation arbitraire et détention illégale de Fidèle Bazana Edadi sans en fournir la moindre preuve.

Eu égard à ce qui précède, la VSV annonce sa décision d’interjeter Appel contre le jugement rendu par la Cour militaire de Kinshasa/Gombe et demande par conséquent aux autorités de la RDCongo, de garantir des conditions d’un procès juste et équitable notamment par le commissionnement par le Chef de l’Etat, des officiers généraux au grade égal à celui de l’Inspecteur Divisionnaire en Chef, John Numbi Tambo à la Haute Cour Militaire pour que ce dernier y soit jugé.

Fait à Kinshasa, le 24 juin 2011.

LA VOIX DES SANS-VOIX POUR LES DROITS DE L’HOMME (VSV)
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